Ce qui est dans la marmite, la louche le fera remonter.
Une louche fait remonter à la surface tout ce que peut contenir une marmite assez profonde. Même si on essaye de camoufler une mauvaise action, un jour tout finit par se savoir.
Ufiɣ tizizwa anect n yezgren, ekkat kan ayen yeteeddayen di teɣrasin
J’ai trouvé des abeilles aussi grosses que des bœufs. Parle seulement de ce qui peut entrer dans les ruchers.
C’est l’histoire de deux fieffés menteurs qui un jour, dans un village, racontaient des histoires rocambolesques. A la fin, l’un d’entre eux s’écria : « Vous savez, hier j’ai rencontré des abeilles aussi grosses que des bœufs ». Et son acolyte d’ajouter : « Ah ! si seulement elles pouvaient entrer dans les ruchers ! »
Plus un mensonge est gros, plus il a des chances de passer.
Yuker hedreɣ,
yeggul umneɣ
Il a volé, je l’ai vu,
Il a juré, je l’ai cru
Le voleur jure qu’il n’a pas volé et son aplomb en impose même à ceux qui l’ont vu voler. On applique ce proverbe à quelqu’un qui se tire d’un mauvais pas en mentant effrontément, ou qui réussit à s’imposer par l’usage de la ruse et du mensonge.
Nnecraha n uɣyul d-aɣzaz
La plaisanterie de l’âne c’est de mordre.
Les ânes mordent fréquemment. Ils le font pas jeu. C’est pour eux une façon de montrer leur affection. Ce proverbe implique l’idée d’une plaisanterie de mauvais goût ou d’un jeu affectueux qui se termine par un geste maladroit ou brutal.
Awal d-awal kan, tisusaf d-aman kan.
Les insultes ne sont que des mots,
Les crachats ne sont que de l’eau.
Il faut ignorer les paroles blessantes.
Tayri n tyazit
Ur nesei tibbucin
Amour de poule
Qui n’a pas de seins.
On le dit d’une personne qui aime en parole mais guère en acte.
Ur ettamen asif asusam
Méfie-toi d’une rivière silencieuse
Le silence cache presque toujours un danger. Il faut se garder des hypocrites. Cf fr « Méfie-toi de l’eau qui dort ».
Ces proverbes ont été rapportés par Sakina Aït-Ahmed-Slimani (linguiste) dans son ouvrage paru aux éditions L’Harmattan en 1996.
Préface du livre « Insan – Proverbes berbères de Kabylie »:
Ces proverbes, outre leurs traits poétiques et métaphoriques, donnent une bonne illustration de la vie quotidienne et reflètent certains aspects culturels d’un peuple. Pour fustiger les bavardages inutiles, on compare une « langue bavarde » à « un agencement de pierres qui s’écroulent ». On respecte le bien d’autrui mais on cherche à sauvegarder ses propres intérêts. On critique les égoïstes et les richesses trop voyantes. On dénonce l’injustice et on vole au secours de celui qui a été mal récompensé. Au besoin, on fait parler certains animaux (l’âne, le bœuf, le chacal, la jument, le chien, le serpent) pour mieux blâmer l’ingratitude ou la méchanceté. On loue l’économie et le travail, on dénonce ceux qui profitent du labeur d’autrui. L’intelligence et la vivacité d’esprit, du courage et la prudence sont bien vus, au besoin on approuve la ruse. Les paroles méchantes « ne cessent de creuser » alors qu’une « blessure creuse mais guérit », mais souvent il faut composer avec « les insultes qui ne sont que des mots ». On condamne les faux-dévots et ceux qui quémandent mais offre de la nourriture à l’indigent du village ou au mendiant de passage. On égratigne les étrangers venus s’installer par l’usage de la force et qui cherchent ensuite à imposer leurs lois.


