mardi, décembre 28, 2010

Proverbes berbères de Kabylie - Inzan

Rubrique Mensonge, méchanceté, hypocrisie, extraits de « Inzan - Proverbes berbères de Kabylie » :
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Ayen yellan di teccuyt ad t-id yessali uɣenja

Ce qui est dans la marmite, la louche le fera remonter.

Une louche fait remonter à la surface tout ce que peut contenir une marmite assez profonde. Même si on essaye de camoufler une mauvaise action, un jour tout finit par se savoir.

Ufiɣ tizizwa anect n yezgren, ekkat kan ayen yeteeddayen di teɣrasin

J’ai trouvé des abeilles aussi grosses que des bœufs. Parle seulement de ce qui peut entrer dans les ruchers.

C’est l’histoire de deux fieffés menteurs qui un jour, dans un village, racontaient des histoires rocambolesques. A la fin, l’un d’entre eux s’écria : « Vous savez, hier j’ai rencontré des abeilles aussi grosses que des bœufs ». Et son acolyte d’ajouter : « Ah ! si seulement elles pouvaient entrer dans les ruchers ! »
Plus un mensonge est gros, plus il a des chances de passer.

Yuker hedreɣ,
yeggul umneɣ

Il a volé, je l’ai vu,
Il a juré, je l’ai cru

Le voleur jure qu’il n’a pas volé et son aplomb en impose même à ceux qui l’ont vu voler. On applique ce proverbe à quelqu’un qui se tire d’un mauvais pas en mentant effrontément, ou qui réussit à s’imposer par l’usage de la ruse et du mensonge.

Nnecraha n uɣyul d-aɣzaz

La plaisanterie de l’âne c’est de mordre.

Les ânes mordent fréquemment. Ils le font pas jeu. C’est pour eux une façon de montrer leur affection. Ce proverbe implique l’idée d’une plaisanterie de mauvais goût ou d’un jeu affectueux qui se termine par un geste maladroit ou brutal.

Awal d-awal kan, tisusaf d-aman kan.

Les insultes ne sont que des mots,
Les crachats ne sont que de l’eau.

Il faut ignorer les paroles blessantes.

Tayri n tyazit
Ur nesei tibbucin

Amour de poule
Qui n’a pas de seins.


On le dit d’une personne qui aime en parole mais guère en acte.

Ur ettamen asif asusam

Méfie-toi d’une rivière silencieuse

Le silence cache presque toujours un danger. Il faut se garder des hypocrites. Cf fr « Méfie-toi de l’eau qui dort ».

Ces proverbes ont été rapportés par Sakina Aït-Ahmed-Slimani (linguiste) dans son ouvrage paru aux éditions L’Harmattan en 1996.

Préface du livre « Insan – Proverbes berbères de Kabylie »:
Ces proverbes, outre leurs traits poétiques et métaphoriques, donnent une bonne illustration de la vie quotidienne et reflètent certains aspects culturels d’un peuple. Pour fustiger les bavardages inutiles, on compare une « langue bavarde » à « un agencement de pierres qui s’écroulent ». On respecte le bien d’autrui mais on cherche à sauvegarder ses propres intérêts. On critique les égoïstes et les richesses trop voyantes. On dénonce l’injustice et on vole au secours de celui qui a été mal récompensé. Au besoin, on fait parler certains animaux (l’âne, le bœuf, le chacal, la jument, le chien, le serpent) pour mieux blâmer l’ingratitude ou la méchanceté. On loue l’économie et le travail, on dénonce ceux qui profitent du labeur d’autrui. L’intelligence et la vivacité d’esprit, du courage et la prudence sont bien vus, au besoin on approuve la ruse. Les paroles méchantes « ne cessent de creuser » alors qu’une « blessure creuse mais guérit », mais souvent il faut composer avec « les insultes qui ne sont que des mots ». On condamne les faux-dévots et ceux qui quémandent mais offre de la nourriture à l’indigent du village ou au mendiant de passage. On égratigne les étrangers venus s’installer par l’usage de la force et qui cherchent ensuite à imposer leurs lois.

mardi, décembre 21, 2010

L'Amoureuse (de Paul Eluard)


Elle est debout sur mes paupières
Et ses cheveux sont dans les miens,
Elle a la forme de mes mains,
Elle a la couleur de mes yeux,
Elle s'engloutit dans mon ombre
Comme une pierre sur le ciel.

Elle a toujours les yeux ouverts
Et ne me laisse pas dormir.
Ses rêves en pleine lumière
Font s'évaporer les soleils
Me font rire, pleurer et rire,
Parler sans avoir rien à dire.

Extrait de "Capital de la Douleur"

lundi, décembre 13, 2010

Liberté - Poème de Paul Eluard


Liberté est un poème que l'auteur français Paul Éluard a écrit en 1942 comme une ode à la liberté, face à l'occupation de la France par l'Allemagne nazie durant la Seconde Guerre mondiale. Il s'agit en fait d'une longue énumération de tous les lieux, réels ou imaginaires, sur lesquels le narrateur écrit le mot « liberté », qui donne son titre au poème.
Il est constitué de vingt-et-un quatrains tous formés, à l'exception du dernier, sur une structure identique : les trois premiers vers débutent par l'anaphore « Sur... » suivie d'un complément de lieu, et le dernier vers est un refrain : « J'écris ton nom », en référence à la liberté.

Historique :

Le titre initial du poème était Une seule pensée. « Je pensais révéler pour conclure le nom de la femme que j’aimais, à qui ce poème était destiné. Mais je me suis vite aperçu que le seul mot que j’avais en tête était le mot Liberté. Ainsi, la femme que j’aimais incarnait un désir plus grand qu’elle. Je la confondais avec mon aspiration la plus sublime, et ce mot Liberté n’était lui-même dans tout mon poème que pour éterniser une très simple volonté, très quotidienne, très appliquée, celle de se libérer de l’Occupant », a confié Éluard.
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Paul Eluard - Liberté j'écris ton nom

Sur mes cahiers d'écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable de neige
J'écris ton nom

Sur les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J'écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J'écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l'écho de mon enfance
J'écris ton nom

Sur tous mes chiffons d'azur
Sur l'étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J'écris ton nom

Sur les champs sur l'horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J'écris ton nom

Sur chaque bouffées d'aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J'écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l'orages
Sur la pluie épaisse et fade
J'écris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J'écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J'écris ton nom

Sur la lampe qui s'allume
Sur la lampe qui s'éteint
Sur mes raisons réunies
J'écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J'écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J'écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J'écris ton nom

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J'écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attendries
Bien au-dessus du silence
J'écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J'écris ton nom

Sur l'absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J'écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l'espoir sans souvenir
J'écris ton nom

Et par le pouvoir d'un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté.



 
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