jeudi, novembre 15, 2007
Belle Camille, reviens nous faire rêver...
http://shantaram.canalblog.com/archives/2007/11/12/6824316.html
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mardi, octobre 16, 2007
Belle et ReBelle...
Dimanche 14 octobre 2007.
Discours d'Isabelle Adjani au Zénith de Paris :
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« Quelles que soient nos origines, quels que soient nos gènes, nous les Français, tous les Français, sommes là pour entrer en résistance et refuser l’instauration, par l’amendement Mariani, d’un test ADN. Pourquoi ? Parce que c’est un test qui jette le soupçon sur les étrangers, des immigrés qui sont, rappelons-le, en situation régulière !
Encore pourquoi ? Parce que c’est un test qui va à l’encontre de ce qui fonde la «filiation» dans notre République, à savoir la reconnaissance et la déclaration, une véritable déclaration d’amour. Oui, une déclaration d’amour ! Oui, oui, car si je dis «il est mon fils», «elle est ma fille», la République et tous ses citoyens leur reconnaissent alors la légitimité de porter ce titre, et bien plus, de porter un nom : en faisant ainsi, la République inscrit nos enfants dans une lignée, dans une histoire.
Nous refusons en bloc un amendement qui, sous couvert d’intégrer plus rapidement celles et ceux qui attendent ici leur famille, les stigmatise, les marque au fer rouge, en inscrivant un soupçon d’irrégularité dans le sang d’hommes et de femmes qui sont, rappelons-le, totalement en règle.
Il s’agit bien de l’ère du soupçon ! Car ce qui est désigné ici c’est «l’étranger», «l’autre», cet autre qui veut à tout prix mentir et tromper ! Et pour le prouver il serait alors demandé un traçage génétique, comme s’il s’agissait de bétail, de vaches folles !
Sommes-nous donc devenus fous au point d’oublier que quand la xénophobie fait appel à la science et à la technologie, alors le pire a toujours été possible… Et le pire reste toujours à craindre ! Cet amendement est tout simplement hors la loi au regard des règles de la bioéthique.
Nous sommes tous des sang-mêlé, nous sommes tous des Français, nous sommes tous des filles et des fils de France, qui refusons que l’amour d’une mère et l’amour d’un père puissent être réduits à une paire de chromosomes !
La France est le pays des droits de l’homme et du citoyen. Accepterons-nous qu’il y ait demain des droits pour les citoyens d’un côté et de l’autre côté des droits différents pour ces «autres», ces hommes et ces femmes qu’on empêcherait d’être citoyen. Comme si ces hommes et ces femmes, en quittant leur pays, avaient perdu le droit, ici, d’être tout à fait des êtres humains.
Je veux espérer que notre président de la République ne laissera jamais pareille chose se produire, et comme lui, je veux croire qu’ensemble tout devient vraiment possible. »
http://www.liberation.fr/rebonds/285056.FR.php
vendredi, octobre 12, 2007
jeudi, octobre 11, 2007
13 septembre 2007 : Johnny Clegg au Village Rugby Color Paris/Saint-Denis
http://rugby.atoobi.com/home/index/40?page=2
http://rugby.atoobi.com/rugby_color/index/40
I Call Your Name
Oh no, you've gone again
I feel like Daniel in the lion's den
Stone cold in the afternoon
So alone in the empty room
They say that four walls do not a prison make
I'm trying to find a way out but there seems no escape
When I feel the hidden power that lies inside your sound
Like the ghost inside the atom that spins it round and round
There's magic in some words, some things you can't explain
That conjures up that feeling of the sun inside the rain
Chorus
When the wind is blowing like a lonesome train
I reach out and touch you and I call your name
When the night is lonely and I fear the coming day
I reach out and touch you
And I call your name -- ngibiza igama lakho
Oh no, don't let the sun go down
I'm so low, I feel underground
There's no easy road and no easy way
To say the things I have to say
'Cause I know that time is a distance and distance is a space
I've come so far to find you, it's you I can't replace
When I feel the hidden power that lies inside your sound
Like the ghost inside the atom that spins it round and round
There's magic in some words some things you can't explain
That conjures up that feeling of the sun inside the rain
Chorus
Tube : www.youtube.com/watch?v=XcKUWpzYITc
mercredi, juin 13, 2007
4 juin 2007 : Nouvel album de Idir - "La France des couleurs"
Le chanteur kabyle revient sur la genèse de La France des couleurs, son dernier album où se côtoient Akhenaton, Grand Corps Malade, Leslie, Yannick Noah, Obispo, Wallen, Tryo... Un mélange de sons pour un disque apaisant et engagé
Je viens de là ou l’on m’aime - Avec Féfé et Leeroy
Clip : http://www.youtube.com/watch?v=_eRc1tHYJw8
Moi je viens de là où l’on m’aime
Je viens des îles, ou des caves, ou des halls
Je viens du sable ou du ghettho
Bienvenue sur cette planète où l’Homme gouverne seul
Où le même fleuve n’abreuve pas toujours le même peuple
Rares sont ceux que l’on blâme pour délit de belle gueule
Mais vous nous faîtes peur imaginez que nos petites filles deviennent beurs
Je viens de là où tout est fait de gaieté de cœur
Malgré les guerres d’aujourd’hui ou d’hier dont on est spectateurs bernés
De la bonne entente je me veux prestataire
Puisqu’à terme toute cette planète demeure mon seul pied à terre
Zriγ ansi d-fruriγ
Azar yettabaa tara
Ras ulac anda ur lhiγ
Ras nudaγ-d akw timura
Ay aγrib ar k-steqsiγ
Wissen n din neγ wissen n da
Ay aγrib ar k-steqsiγ
Wissen n din neγ wissen n da
Je viens de là où crèchent les sales gosses
De la grosse té-ci crade mais ici se faire des soc’s écrase les soucis
Je viens de là où se négocie l’eau
Où faut se sauver sinon crever seul sur le ciment
Je viens de Lagos aussi
De Paname à Lomé, je suis de là où l’on m’aime
Salam, Shalom, Azul ou Amen pour moi c’est la même
Je viens de là où Blacks-Blancs Beurs sont à la même enseigne
Battement cœur à l’unisson chez moi tout le monde saigne
Tedduγ tmeslaγeγ abrid
Akken i gxeddem ssayeh
A wagi i d-id-idefren
Ma tewted-d dg-I lasmah
Ma wteγ-k ar kyeblu Rebbi
S wattan yeblan lerwahh
Ma wteγ kar kyeblu Rebbi
S wattan yeblan lerwahh
Ni patrie, ni couleurs
Je viens de là où le couvert est servi à toute heure
Où l’accueil se fait bras ouverts
Je viens de là où il n’y a pas de portes, pas de barrières ni de poteaux
Où qu’importe l’heure
T’es pas prêt d’importuner
Je viens de là où si t’as pas de tunes, il te reste la bonne humeur
Je viens de là où la fortune se chiffre en rapports humains
Ya babba quelques fois
Je ne sais plus
Je ne sais plus
Je suis perdue à l’autre bout de moi
A yelli inu a tizizwit
Tikli uferug γer tissit
Yelli inu ard a ttifed itij t-tmeddit
Tu sais à quel point mes racines ont mal
Mi kem-id-mmektiγ
Fell-am yergagi weksuml-iw
J’essaie tant bien que mal de trouver ma place
A yelli inu rrebh inu
A ssifa g yij mi la ireqq
A yelli inu ar tesdukled
Tezweγ telqeq
Ya babba que chanterais-je que tu ne saches déjà
Que puis-je guérir
Que tu n’aies déjà souffert avant moi
http://www.lexpress.fr/mag/arts/dossier/videoworld/dossier.asp
Interview - 4 juin 2007
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Afrik : Comment vous présenteriez-vous à une personne qui ne vous connaît pas et vous demanderait ce que vous faites dans la vie ?-
Idir : (Il réfléchit) Je dirais que je fais de la musique. Je dirais que je chante en Kabyle… pas que je fais de la musique kabyle. Peut-être l’était-elle au début mais elle évolue.
Afrik : La musique est-elle pour vous un métier ou une activité ?
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Afrik : Les thèmes que vous abordez ont évolué depuis vos premiers succès, dans les années 1970. Ils semblent suivre votre parcours et les problématiques de l’immigré que vous êtes…
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Afrik : Est-il question de l’Algérie dans votre album ?
Afrik : Le gouvernement algérien a fait de la langue tamazight une langue nationale, en 2002, mais il a proposé de soumettre la question de son officialisation à un référendum. Qu’en avez-vous pensé ?
Afrik : La communauté kabyle est importante en France. Les candidats aux présidentielles vous ont-ils sollicité, comme ils l’ont fait avec de nombreux artistes ?
Source : http://www.afrik.com/article11855.html
mercredi, mai 09, 2007
lundi, mars 19, 2007
Adjani dans Adolphe de Benjamin Constant...
Interview d'Isabelle Adjani pour Adolphe
sur France 3 le 29 octobre 2002 :
http://www.youtube.com/watch?v=QgFxFrOBk7U
Au début du 19ème siècle, soit à l’apogée du romantisme, le roman autobiographique de Benjamin Constant disséquait avec lucidité voire cruauté les sentiments qui peuvent exister entre un homme et une femme. Benoît Jacquot en tire un film à l’atmosphère étouffante et fatale, l’un de ces huis clos vénéneux dans lequel il excelle et où se perdent parfois les passions humaines.
Isabelle Adjani : C’est un livre que j’ai découvert à l’adolescence et je crois que je ne suis pas la seule puisque c’est arrivé à Benoît également et je crois qu’il a la capacité de laisser une marque très profonde et très durable dans l’imaginaire amoureux et pour la vie entière.
Elise Lucet : Alors on sent un film en costumes, d’époque etc. mais c’est vrai qu’on est très touchés par ce côté de la présence encore aujourd’hui de ce discours et de son actualité.
Isabelle Adjani : Oui c’est l’éternel dilemme entre l’amour passion et l’amour désir et cette fantastique et complexe question : est-ce que l’amour existe vraiment ? Enfin ça me fait penser un peu à cette action de Lacanien : l’amour, c’est quelque chose qu’on n’a pas qu’on donne à quelque chose, (sourire), à quelqu’un qui n’en veux pas.
Elise Lucet : ça résume assez bien le film […]
Elise Lucet : Pourquoi vous êtes allée vers ce rôle, Isabelle Adjani ? En marge de votre amour pour ce livre de Benjamin Constant, est-ce qu’il vous correspond ? Est-ce qu’il correspond à des douleurs d’amour que vous avez pu connaître ou que tout le monde connaît ? Pourquoi vous allez en général vers ce genre de personnage ? Je pense à Camille Claudel ou Adèle H.
Isabelle Adjani : Je crois que le langage que je sais le mieux parler c’est le langage de l’amour et c’est le langage féminin à travers ses joies et ses peines et même si je me suis reconnue dans ce roman avant même de savoir qui j’étais moi-même, avant même de me connaître, je crois qu’il y a une universalité et une constance dans cette peur d’aimer et dans cette capacité à aimer qu’ont les femmes.
Elise Lucet : Mais en même temps, suivant votre carrière on a l’impression un peu de suivre la carrière d’un peintre ou d’un sculpteur, c’est-à-dire qu’on a l’impression que vous creusez un sillon quand on voit ces films les uns derrière les autres avec des rôles qui peuvent être un peu, non pas semblables, mais sur le même registre, que vous avez cette volonté de creuser un sillon et pas forcément vous écarter, d’aller vers d’autres rôles comme d’autres comédiens le font.
Isabelle Adjani : C’est-à-dire que je suis personnellement pas intéressée, pas très à la recherche de la performance sportive et de la performance compétitive. Je trouve que d’incarner quelque chose qui vous ressemble au plus profond, c’est quelque chose qu’on peut faire à l’infini. C’est comme en art, il n’y a jamais de fin, enfin c’est terrible la fin en art, et peut-être suis-je à la recherche du rôle idéal et c’est pour ça que je vais de rôle en rôle à travers ce même rôle.
Elise Lucet : Vous le construisez comme ça ?
Isabelle Adjani : Oui, enfin vous savez, c’est comme l’horizon, plus il se rapproche plus il se recule.
Elise Lucet : Comment ressort-on d’un tel tournage ? J’imagine que ce sont des tournages très marquants. [...]
Isabelle Adjani : J’en suis très heureuse parce qu’il existe une transmission féminine et je crois qu’elle devrait toucher les jeunes filles et les jeunes femmes qui savent comme moi ce qu’est l’amour et ne savent toujours pas comme moi ce qu’est l’amour.
Journaliste : Vous avez choisi Benoît Jacquot comme réalisateur pour réaliser ce film, et donc vous avez sûrement beaucoup de confiance en lui. Est-ce que vous pourriez parler à propos de lui un peu ?
Isabelle Adjani : C’est un metteur en scène qui est très proche des actrices, pour qui le désir d’une actrice est un départ de film et c’est aussi un cinéaste qui a une qualité intimiste très extraordinaire dans son travail et qui est un très grand littéraire, c’est quelqu’un qui est absolument passionné de littérature et je savais qu’il trouverait dans la langue écrite la langue cinématographique, ce qui est très rare. Et je savais aussi que je pouvais fermer les yeux pendant tout le tournage et qu’il gardait lui ouverts et que ce film ressemblerait au désir d’une actrice de parler de l’amour au cinéma.
Journaliste : J’ai bien compris que vous avez été très attirée par cette œuvre « Adolphe » et cette œuvre écrit l’amour en particulier mais vous êtes attirée par quel genre d’amour dans cette œuvre ? et puis ma deuxième question c’est à propos d’Ellénore. Est-ce que le fait que vous avez eu le rôle d’Ellénore vous a changé et puis a changé votre pensée sur l’amour ?
Isabelle Adjani : L’histoire d’Adolphe, c’est l’histoire d’un homme et d’une femme qui ne sont pas dans le même amour. L’objectif de ce jeune homme qui ne sait pas aimer mais qui s’ennuie, c’est de partir à la conquête d’une femme dite imprenable, c’est-à-dire difficile à obtenir, difficile à amener à des sentiments parce qu’elle est mariée et qu’elle est relativement heureuse et aussi parce qu’elle a une moralité arrêtée. Donc ça c’est l’attitude d’Adolphe.
Et cette femme, elle, au début, lorsque Adolphe lui fait la cour, n’est absolument pas amoureuse, elle ne répond pas, elle n’a pas envie de répondre à ces sentiments et en fait elle se laisse convaincre et elle tombe amoureuse de lui, bien plus que lui n’est capable de l’aimer, vraiment bien plus que lui. Et c’est là que le désintérêt d’Adolphe va arriver : dès que sa conquête est faite, cette femme ne l’intéresse plus, alors qu’elle, dès qu’elle a ouvert son cœur, elle est tout à fait prête à prendre tous les risques pour cet amour, et bien entendu c’est ce qui va la perdre.
Pour Adolphe c’est un jeu et en fait, il ne va tomber amoureux de cette femme qu’à la fin, quand il est trop tard, quand en fait il obtient sa mort à force de chagrins, alors que pour Ellénore cet amour c’est son destin et ça fait toute la différence… Chez l’homme c’est un jeu, chez la femme c’est le destin et c’est bien là qu’il existe une tragédie.
Quant à moi pour répondre à la dernière partie de votre question, le sujet de l’amour avec son cortège d’illusions et de désillusions, c’est un sujet que je connais bien, à la fois à travers mes rôles et dans ma vie également. Et pour moi c’est très intéressant que malheureusement, la littérature et certains chefs d’œuvre de littérature et de cinéma évidemment tournent autour de ce sujet : le sujet du malheur amoureux. Mais je pense que dans la vie, et là on a affaire à des femmes aussi qui sont des victimes de l’amour, des victimes de l’amour manipulateur, pas d’un amour généreux bien-sûr… et moi dans la vie je dois dire que je milite pour que la femme ne soit pas une victime, pour qu’elle soit maîtresse de son destin, et que l’amour soit un partage et en ce qui me concerne, je viens juste justement de sortir d’une sorte de liaison qu’on peut non pas comparer à Adolphe mais qu’on peut assimiler à la manipulation amoureuse, donc je viens de décider de quitter la personne qui était dans ma vie justement pour éviter que le bonheur ne donne un malheur définitif.
Distrait, inattentif, ennuyé, je partageai mon temps entre des études que j’interrompais souvent, des projets que je n’exécutais pas, des plaisirs qui ne m’intéressaient guère.
Ellénore : J’ai été élevée en Pologne jusqu’à l’âge de dix ans et puis mon père a été proscrit, ma mère s’est enfuie avec moi à Paris. Moi je lisais des romans. Du moment qu’à la fin la passion était domptée par le devoir, ma mère me laissait lire à peu près n’importe quoi, elle avait tort, mes seules amies étaient les amoureuses de mes romans, elles trouvaient toujours la force de renoncer à leur amour. Pour leur ressembler, il fallait bien que je commence par tomber amoureuse et ensuite renoncer. C’est ce que j’ai fait, j’avais 16 ans sauf que je n’ai pas du tout trouvé la force d’y renoncer. Maman est morte, à ce moment là. On lui avait promis qu’on m’épouserait quand elle a disparu. J’avais été imprudente. C’était fini. Le mariage est affaire de convenances, Adolphe. On est heureux que par ce qui est convenable, le bonheur que la société n’approuve pas. Il faut pas. Croyez moi.
Adolphe : Vous êtes heureuse ou malheureuse ?
Elénore : Depuis que j’ai 16 ans, je lutte contre ma destinée. Quelque soient les efforts, les gens me rangent toujours dans une catégorie de femme que je méprise autant qu’eux. J’ai beau mener la vie la plus austère, je suis toujours à la merci d’une remarque déplacée qu’on ne permettrait jamais avec l’épouse légitime du comte. Il a beau m’imposer à ces parents, à ces relations, ça ne change rien. -
Ellénore : Descendez, descendez ! Venez. Venez. Venez ! Vous avez dix ans de moins que moi. Votre cœur s’ouvre à des sentiments inconnus. Vous êtes victimes d’une exaltation passagère. Votre lettre ne m’a pas mise en colère, elle m’a touchée. Si vous avez cru pouvoir me l’écrire, c’est que je vous ai offert mon amitié avec trop de naturel. Quelque chose dans votre manière m’a désarmée, même avec les amis je ne peux pas baisser les armes, jusqu’en retour du compte je ne pourrai plus vous recevoir.
Adolphe : Mon bonheur dépend du vôtre. Le vôtre dépend d’une position sûre.
Ellénore : C’est cette position qui l’a mise en péril ?
Adolphe : Je n’ai cessé de vous mettre en garde.
Ellénore : Mais qui m’a privé de l’affection du comte ?
Adolphe : Vous mettez tout en œuvre pour éveiller ces soupçons
Ellénore : Mais c’est vous qui avez tout mis en œuvre !
Adolphe : Ellénore, je vous ai obéi, J’ai renoncé au poste que m’offrait mon père.
Ellénore : Vous avez bouleversé ma vie, vous m’accusez ?!
Adolphe : Je consentirai à tout
Ellénore : Ô tu obéis et tu consens. Quelle tyrannie !
Adolphe : oui un tyran. Tu es un tyran !
Ellénore : Allez-vous-en… Je suis trop fière pour me plaindre de ne pas être assez aimée.
Ellénore : Si je pars, ose me jurer que tu me rejoindras
Adolphe : Je vous rejoindrai partout où vous serez menacée.
Ellénore : Je souffre déjà suffisamment que je n’ai pas envie de recevoir des lettres déraisonnables qui me déchireront le cœur, je ne me fais plus aucune illusion sur vous. Si je suis dure, c’est à cause de vous. Je ne te quitterai pas.
Adolphe : J’ai renoncé à ma carrière, j’ai repoussé tous les plaisirs de la vie, tous mes intérêts, la vie c’est l’inaction, l’obscurité, je n’ai aucune estime pour moi, je me suis rapetissé. Tu me domines avec ta douleur ! Je crève !... Je ne vous aime plus.
Chapitre X
Je passai les jours suivants plus tranquille. J’avais rejeté dans le vague la nécessité d’agir; elle ne me poursuivait plus comme un spectre; je croyais avoir tout le temps de préparer Ellénore. Je voulais être plus doux, plus tendre avec elle, pour conserver au moins des souvenirs d’amitié. Mon trouble était tout différent de celui que j’avais connu jusqu’alors. J’avais imploré le ciel pour qu’il élevât soudain entre Ellénore et moi un obstacle que je ne pusse franchir. Cet obstacle s’était élevé. Je fixais mes regards sur Ellénore comme sur un être que j’allais perdre. L’exigence, qui m’avait paru tant de fois insupportable, ne m’effrayait plus; je m’en sentais affranchi d’avance. J’étais plus libre en lui cédant encore, et je n’éprouvais plus cette révolte intérieure qui jadis me portait sans cesse à tout déchirer. Il n’y avait plus en moi d’impatience: il y avait, au contraire, un désir secret de retarder le moment funeste.
Ellénore s’aperçut de cette disposition plus affectueuse et plus sensible: elle-même devint moins amère. Je recherchais des entretiens que j’avais évités; je jouissais de ses expressions d’amour, naguère importunes, précieuses maintenant, comme pouvant chaque fois être les dernières.
Un soir, nous nous étions quittés après une conversation plus douce que de coutume. Le secret que je renfermais dans mon sein me rendait triste, mais ma tristesse n’avait rien de violent. L’incertitude sur l’époque de la séparation que j’avais voulue me servait à en écarter l’idée. La nuit j’entendis dans le château un bruit inusité. Ce bruit cessa bientôt, et je n’y attachai point d’importance. Le matin cependant, l’idée m’en revint; j’en voulus savoir la cause, et je dirigeai mes pas vers la chambre d’Ellénore. Quel fut mon étonnement, lorsqu’on me dit que depuis douze heures elle avait une fièvre ardente, qu’un médecin que ses gens avaient fait appeler déclarait sa vie en danger, et qu’elle avait défendu impérieusement que l’on m’avertît ou qu’on me laissât pénétrer jusqu’à elle!
Je voulus insister. Le médecin sortit lui-même pour me représenter la nécessité de ne lui causer aucune émotion. Il attribuait sa défense, dont il ignorait le motif, au désir de ne pas me causer d’alarmes. J’interrogeai les gens d’Ellénore avec angoisse sur ce qui avait pu la plonger d’une manière si subite dans un état si dangereux. La veille, après m’avoir quitté, elle avait reçu de Varsovie une lettre apportée par un homme à cheval; l’ayant ouverte et parcourue, elle s’était évanouie; revenue à elle, elle s’était jetée sur son lit sans prononcer une parole. L’une de ses femmes, inquiète de l’agitation qu’elle remarquait en elle, était restée dans sa chambre à son insu; vers le milieu de la nuit, cette femme l’avait vue saisie d’un tremblement qui ébranlait le lit sur lequel elle était couchée: elle avait voulu m’appeler. Ellénore s’y était opposée avec une espèce de terreur tellement violente qu’on n’avait osé lui désobéir. On avait envoyé chercher un médecin; Ellénore avait refusé, refusait encore de lui répondre; elle avait passé la nuit, prononçant des mots entrecoupés qu’on n’avait pu comprendre, et appuyant souvent son mouchoir sur sa bouche, comme pour s’empêcher de parler.
Tandis qu’on me donnait ces détails, une autre femme, qui était restée près d’Ellénore, accourut tout effrayée. Ellénore paraissait avoir perdu l’usage de ses sens. Elle ne distinguait rien de ce qui l’entourait. Elle poussait quelquefois des cris, elle répétait mon nom; puis, épouvantée, elle faisait signe de la main, comme pour que l’on éloignât d’elle quelque objet qui lui était odieux.
J’entrai dans sa chambre. Je vis au pied de son lit deux lettres. L’une était la mienne au baron de T***, l’autre était de lui-même à Ellénore. Je ne conçus que trop alors le mot de cette affreuse énigme. Tous mes efforts pour obtenir le temps que je voulais consacrer encore aux derniers adieux s’étaient tournés de la sorte contre l’infortunée que j’aspirais à ménager. Ellénore avait lu, tracées de ma main, mes promesses de l’abandonner, promesses qui n’avaient été dictées que par le désir de rester plus longtemps près d’elle, et que la vivacité de ce désir même m’avait porte à répéter, à développer de mille manières. L’oeil indifférent de M. de T*** avait facilement démêlé dans ces protestations réitérées à chaque ligne l’irrésolution que je déguisais et les ruses de ma propre incertitude; mais le cruel avait trop bien calculé qu’Ellénore y verrait un arrêt irrévocable. Je m’approchai d’elle: elle me regarda sans me reconnaître. Je lui parlai: elle tressaillit. «Quel est ce bruit? s’écria-t-elle; c’est la voix qui m’a fait du mal.» Le médecin remarqua que ma présence ajoutait à son délire, et me conjura de m’éloigner. Comment peindre ce que j’éprouvai pendant trois longues heures? Le médecin sortit enfin. Ellénore était tombée dans un profond assoupissement. Il ne désespérait pas de la sauver, si, à son réveil, la fièvre était calmée.
Ellénore dormit longtemps. Instruit de son réveil, je lui écrivis pour lui demander de me recevoir. Elle me fit dire d’entrer. Je voulus parler; elle m’interrompit. «Que je n’entende de vous, dit-elle, aucun mot cruel. Je ne réclame plus, je ne m’oppose à rien; mais que cette voix que j’ai tant aimée, que cette voix qui retentissait au fond de mon coeur n’y pénètre pas pour le déchirer. Adolphe, Adolphe, j’ai été violente, j’ai pu vous offenser; mais vous ne savez pas ce que j’ai souffert. Dieu veuille que jamais vous ne le sachiez!»
Son agitation devint extrême. Elle posa son front sur ma main; il était brûlant; une contraction terrible défigurait ses traits. «Au nom du ciel, m’écriai-je, chère Ellénore, écoutez-moi. Oui, je suis coupable: cette lettre...» Elle frémit et voulut s’éloigner. Je la retins. «Faible, tourmenté, continuai-je, j’ai pu céder un moment à une instance cruelle; mais n’avez-vous pas vous-même mille preuves que je ne puis vouloir ce qui nous sépare? J’ai été mécontent, malheureux, injuste; peut-être, en luttant avec trop de violence contre une imagination rebelle, avez-vous donné de la force à des velléités passagères que je méprise aujourd’hui; mais pouvez-vous douter de mon affection profonde? nos âmes ne sont-elles pas enchaînées l’une à l’autre par mille liens que rien ne peut rompre? Tout le passé ne nous est-il pas commun? Pouvons-nous jeter un regard sur les trois années qui viennent de finir, sans nous retracer des impressions que nous avons partagées, des plaisirs que nous avons goûtés, des peines que nous avons supportées ensemble? Ellénore, commençons en ce jour une nouvelle époque, rappelons les heures du bonheur et de l’amour.» Elle me regarda quelque temps avec l’air du doute. «Votre père, reprit-elle enfin, vos devoirs, votre famille, ce qu’on attend de vous!... — Sans doute, répondis-je, une fois, un jour peut-être...» Elle remarqua que j’hésitais. «Mon Dieu, s’écria-t-elle, pourquoi m’avait-il rendu l’espérance pour me la ravir aussitôt? Adolphe, je vous remercie de vos efforts: ils m’ont fait du bien, d’autant plus de bien qu’ils ne vous coûteront, je l’espère, aucun sacrifice; mais, je vous en conjure, ne parlons plus de l’avenir... Ne vous reprochez rien, quoi qu’il arrive. Vous avez été bon pour moi. J’ai voulu ce qui n’était pas possible. L’amour était toute ma vie: il ne pouvait être la vôtre. Soignez-moi maintenant quelques jours encore.» Des larmes coulèrent abondamment de ses yeux; sa respiration fut moins oppressée; elle appuya sa tête sur mon épaule. «C’est ici, dit-elle, que j’ai toujours désiré mourir.» Je la serrai contre mon coeur, j’abjurai de nouveau mes projets, je désavouai mes fureurs cruelles. «Non, reprit-elle, il faut que vous soyez libre et content. — Puis-je l’être si vous êtes malheureuse? — Je ne serai pas longtemps malheureuse, vous n’aurez pas longtemps à me plaindre.» Je rejetai loin de moi des craintes que je voulais croire chimériques. «Non, non, cher Adolphe, me dit-elle, quand on a longtemps invoqué la mort, le Ciel nous envoie, à la fin, je ne sais quel pressentiment infaillible qui nous avertit que notre prière est exaucée.» Je lui jurai de ne jamais la quitter. «Je l’ai toujours espéré, maintenant j’en suis sûre.»
C’était une de ces journées d’hiver où le soleil semble éclairer tristement la campagne grisâtre, comme s’il regardait en pitié la terre qu’il a cessé de réchauffer. Ellénore me proposa de sortir. «Il fait bien froid, lui dis-je. — N’importe, je voudrais me promener avec vous.» Elle prit mon bras; nous marchâmes longtemps sans rien dire; elle avançait avec peine, et se penchait sur moi presque tout entière. «Arrêtons-nous un instant. — Non, me répondit-elle, j’ai du plaisir à me sentir encore soutenue par vous.» Nous retombâmes dans le silence. Le ciel était serein; mais les arbres étaient sans feuilles; aucun souffle n’agitait l’air, aucun oiseau ne le traversait: tout était immobile, et le seul bruit qui se fît entendre était celui de l’herbe glacée qui se brisait sous nos pas. «Comme tout est calme, me dit Ellénore; comme la nature se résigne! Le coeur aussi ne doit-il pas apprendre à se résigner?» Elle s’assit sur une pierre; tout à coup elle se mit à genoux, et, baissant la tête, elle l’appuya sur ses deux mains. J’entendis quelques mots prononces à voix basse. Je m’aperçus qu’elle priait. Se relevant enfin: «Rentrons, dit-elle, le froid m’a saisie. J’ai peur de me trouver mal. Ne me dites rien; je ne suis pas en état de vous entendre.»
A dater de ce jour, je vis Ellénore s’affaiblir et dépérir. Je rassemblai de toutes parts des médecins autour d’elle: les uns m’annoncèrent un mal sans remède, d’autres me bercèrent d’espérances vaines; mais la nature sombre et silencieuse poursuivait d’un bras invisible son travail impitoyable. Par moments, Ellénore semblait reprendre à la vie. On eût dit quelquefois que la main de fer qui pesait sur elle s’était retirée. Elle relevait sa tête languissante; ses joues se couvraient de couleurs un peu plus vives; ses yeux se ranimaient: mais tout à coup, par le jeu cruel d’une puissance inconnue, ce mieux mensonger disparaissait, sans que l’art en pût deviner la cause. Je la vis de la sorte marcher par degrés à la destruction. Je vis se graver sur cette figure si noble et si expressive les signes avant-coureurs de la mort. Je vis, spectacle humiliant et déplorable, ce caractère énergique et fier recevoir de la souffrance physique mille impressions confuses et incohérentes, comme si, dans ces instants terribles, l’âme, froissée par le corps, se métamorphosait en tous sens pour se plier avec moins de peine à la dégradation des organes.
Un seul sentiment ne varia jamais dans le coeur d’Ellénore: ce fut sa tendresse pour moi. Sa faiblesse lui permettait rarement de me parler; mais elle fixait sur moi ses yeux en silence, et il me semblait alors que ses regards me demandaient la vie que je ne pouvais plus lui donner. Je craignais de lui causer une émotion violente; j’inventais des prétextes pour sortir: je parcourais au hasard tous les lieux où je m’étais trouvé avec elle; j’arrosais de mes pleurs les pierres, le pied des arbres, tous les objets qui me retraçaient son souvenir.
Ce n’était pas les regrets de l’amour, c’était un sentiment plus sombre et plus triste; l’amour s’identifie tellement à l’objet aimé que dans son désespoir même il y a quelque charme. Il lutte contre la réalité, contre la destinée; l’ardeur de son désir le trompe sur ses forces, et l’exalte au milieu de sa douleur. La mienne était morne et solitaire; je n’espérais point mourir avec Ellénore; j’allais vivre sans elle dans ce désert du monde, que j’avais souhaité tant de fois de traverser indépendant. J’avais brisé l’être qui m’aimait; j’avais brisé ce coeur, compagnon du mien, qui avait persisté à se dévouer à moi, dans sa tendresse infatigable; déjà l’isolement m’atteignait. Ellénore respirait encore, mais je ne pouvais déjà plus lui confier mes pensées; j’étais déjà seul sur la terre; je ne vivais plus dans cette atmosphère d’amour qu’elle répandait autour de moi; l’air que je respirais me paraissait plus rude, les visages des hommes que je rencontrais plus indifférents; toute la nature semblait me dire que j’allais à jamais cesser d’être aimé.
Le danger d’Ellénore devint tout à coup plus imminent; des symptômes qu’on ne pouvait méconnaître annoncèrent sa fin prochaine: un prêtre de sa religion l’en avertit. Elle me pria de lui apporter une cassette qui contenait beaucoup de papiers; elle en fit brûler plusieurs devant elle, mais elle paraissait en chercher un qu’elle ne trouvait point, et son inquiétude était extrême. Je la suppliai de cesser cette recherche qui l’agitait, et pendant laquelle, deux fois, elle s’était évanouie. «J’y consens, me répondit-elle; mais, cher Adolphe, ne me refusez pas une prière. Vous trouverez parmi mes papiers, je ne sais où, une lettre qui vous est adressée; brûlez-la sans la lire, je vous en conjure au nom de notre amour, au nom de ces derniers moments que vous avez adoucis.» Je le lui promis; elle fut tranquille. «Laissez-moi me livrer à présent, me dit-elle, aux devoirs de ma religion; j’ai bien des fautes à expier: mon amour pour vous fut peut-être une faute; je ne le croirais pourtant pas, si cet amour avait pu vous rendre heureux.»
Je la quittai: je ne rentrai qu’avec tous ses gens pour assister aux dernières et solennelles prières; à genoux dans un coin de sa chambre, tantôt je m’abîmais dans mes pensées, tantôt je contemplais, par une curiosité involontaire, tous ces hommes réunis, la terreur des uns, la distraction des autres, et cet effet singulier de l’habitude qui introduit l’indifférence dans toutes les pratiques prescrites, et qui fait regarder les cérémonies les plus augustes et les plus terribles comme des choses convenues et de pure forme; j’entendais ces hommes répéter machinalement les paroles funèbres, comme si eux aussi n’eussent pas dû être acteurs un jour dans une scène pareille, comme si eux aussi n’eussent pas dû mourir un jour. J’étais loin cependant de dédaigner ces pratiques; en est-il une seule dont l’homme, dans son ignorance, ose prononcer l’inutilité? Elles rendaient du calme à Ellénore; elles l’aidaient à franchir ce pas terrible vers lequel nous avançons tous, sans qu’aucun de nous puisse prévoir ce qu’il doit éprouver alors. Ma surprise n’est pas que l’homme ait besoin d’une religion; ce qui m’étonne, c’est qu’il se croie jamais assez fort, assez à l’abri du malheur pour oser en rejeter une: il devrait, ce me semble, être porté, dans sa faiblesse, à les invoquer toutes; dans la nuit épaisse qui nous entoure, est-il une lueur que nous puissions repousser? Au milieu du torrent qui nous entraîne, est-il une branche à laquelle nous osions refuser de nous retenir?
L’impression produite sur Ellénore par une solennité si lugubre parut l’avoir fatiguée. Elle s’assoupit d’un sommeil assez paisible; elle se réveilla moins souffrante; j’étais seul dans sa chambre; nous nous parlions de temps en temps à de longs intervalles. Le médecin qui s’était montré le plus habile dans ses conjectures m’avait prédit qu’elle ne vivrait pas vingt-quatre heures; je regardais tour à tour une pendule qui marquait les heures, et le visage d’Ellénore, sur lequel je n’apercevais nul changement nouveau. Chaque minute qui s’écoulait ranimait mon espérance, et je révoquais en doute les présages d’un art mensonger. Tout à coup Ellénore s’élança par un mouvement subit; je la retins dans mes bras: un tremblement convulsif agitait tout son corps; ses yeux me cherchaient, mais dans ses yeux se peignait un effroi vague, comme si elle eût demandé grâce à quelque objet menaçant qui se dérobait à mes regards: elle se relevait, elle retombait, on voyait qu’elle s’efforçait de fuir; on eût dit qu’elle luttait contre une puissance physique invisible qui, lassée d’attendre le moment funeste, l’avait saisie et la retenait pour l’achever sur ce lit de mort. Elle céda enfin à l’acharnement de la nature ennemie; ses membres s’affaissèrent, elle sembla reprendre quelque connaissance: elle me serra la main; elle voulut pleurer, il n’y avait plus de larmes; elle voulut parler, il n’y avait plus de voix: elle laissa tomber, comme résignée, sa tête sur le bras qui l’appuyait; sa respiration devint plus lente; quelques instants après elle n’était plus.
Je demeurai longtemps immobile près d’Ellénore sans vie. La conviction de sa mort n’avait pas encore pénétré dans mon âme; mes yeux contemplaient avec un étonnement stupide ce corps inanimé. Une de ses femmes étant entrée répandit dans la maison la sinistre nouvelle. Le bruit qui se fit autour de moi me tira de la léthargie où j’étais plongé; je me levai: ce fut alors que j’éprouvai la douleur déchirante et toute l’horreur de l’adieu sans retour. Tant de mouvement, cette activité de la vie vulgaire, tant de soins et d’agitations qui ne la regardaient plus, dissipèrent cette illusion que je prolongeais, cette illusion par laquelle je croyais encore exister avec Ellénore. Je sentis le dernier lien se rompre, et l’affreuse réalité se placer à jamais entre elle et moi. Combien elle me pesait, cette liberté que j’avais tant regrettée! Combien elle manquait à mon coeur, cette dépendance qui m’avait révolté souvent! Naguère toutes mes actions avaient un but; j’étais sûr, par chacune d’elles, d’épargner une peine ou de causer un plaisir: je m’en plaignais alors; j’étais impatienté qu’un oeil ami observât mes démarches, que le bonheur d’un autre y fût attaché. Personne maintenant ne les observait; elles n’intéressaient personne; nul ne me disputait mon temps ni mes heures; aucune voix ne me rappelait quand je sortais. J’étais libre, en effet, je n’étais plus aimé: j’étais étranger pour tout le monde.
L’on m’apporta tous les papiers d’Ellénore, comme elle l’avait ordonné; à chaque ligne, j’y rencontrai de nouvelles preuves de son amour, de nouveaux sacrifices qu’elle m’avait faits et qu’elle m’avait cachés. Je trouvai enfin cette lettre que j’avais promis de brûler; je ne la reconnus pas d’abord; elle était sans adresse, elle était ouverte: quelques mots frappèrent mes regards malgré moi; je tentai vainement de les en détourner, je ne pus résister au besoin de la lire tout entière. Je n’ai pas la force de la transcrire. Ellénore l’avait écrite après une des scènes violentes qui avaient précédé sa maladie.
«Adolphe, me disait-elle, pourquoi vous acharnez-vous sur moi? Quel est mon crime? De vous aimer, de ne pouvoir exister sans vous. Par quelle pitié bizarre n’osez-vous rompre un lien qui vous pèse, et déchirez-vous l’être malheureux près de qui votre pitié vous retient? Pourquoi me refusez-vous le triste plaisir de vous croire au moins généreux? Pourquoi vous montrez-vous furieux et faible? L’idée de ma douleur vous poursuit, et le spectacle de cette douleur ne peut vous arrêter! Qu’exigez-vous? Que je vous quitte? Ne voyez-vous pas que je n’en ai pas la force? Ah! c’est à vous, qui n’aimez pas, c’est à vous à la trouver, cette force, dans ce coeur lassé de moi, que tant d’amour ne saurait désarmer. Vous ne me la donnerez pas, vous me ferez languir dans les larmes, vous me ferez mourir à vos pieds.» — «Dites un mot, écrivait-elle ailleurs. Est-il un pays où je ne vous suive? Est-il une retraite où je ne me cache pour vivre auprès de vous, sans être un fardeau dans votre vie? Mais non, vous ne le voulez pas. Tous les projets que je propose, timide et tremblante, car vous m’avez glacée d’effroi, vous les repoussez avec impatience. Ce que j’obtiens de mieux, c’est votre silence. Tant de dureté ne convient pas à votre caractère. Vous êtes bon; vos actions sont nobles et dévouées: mais quelles actions effaceraient vos paroles? Ces paroles acérées retentissent autour de moi: je les entends la nuit; elles me suivent, elle me dévorent, elles flétrissent tout ce que vous faites. Faut-il donc que je meure, Adolphe? Eh bien, vous serez content; elle mourra, cette pauvre créature que vous avez protégée, mais que vous frappez à coups redoublés. Elle mourra, cette importune Ellénore que vous ne pouvez supporter autour de vous, que vous regardez comme un obstacle, pour qui vous ne trouvez pas sur la terre une place qui ne vous fatigue; elle mourra: vous marcherez seul au milieu de cette foule à laquelle vous êtes impatient de vous mêler! Vous les connaîtrez, ces hommes que vous remerciez aujourd’hui d’être indifférents; et peut-être un jour, froissé par ces coeurs arides, vous regretterez ce coeur dont vous disposiez, qui vivait de votre affection, qui eût bravé mille périls pour votre défense, et que vous ne daignez plus récompenser d’un regard.»
Texte intégrale : http://www.badosa.com/bin/obra.pl?id=n081-01
Photos de Première : http://www.premiere.fr/premiere/cinema/photos/diaporama/adolphe/(offset)/0/(image)/562745

























































