mercredi, octobre 30, 2013

Un espace jeunes sous le nom de Taos Amrouche à Paris




2013 est la 100ème année d'anniversaire de Taos Amrouche. Et pourtant il n'existe aucun lieu à sa mémoire, aucune plaque à sa mémoire sur les lieux de son habitation, 4, rue Brochant dans le quartier des Batignolles. Taos est  la déesse de la mémoire car elle a sauvé de l'oubli nos chants berbères. Femme très cultivée, Taos a écrit des livres : Jacinthe noire (écrit en 1935-1937 publié en 1947), Rue des tambourins (publié en 1960), L'amant imaginaire (publié en 1975 alors qu'il a été écrit 25 ans plus tôt), Solitude ma mère. Son écriture est intimiste, heuristique, une écriture pour se dire, pour comprendre son drame. Elle est avant tout une femme qui s'est affirmée toute seule et qui a fait son chemin toute seule. Taos est la grande incomprise, à la recherche du malaise dont elle souffre.

 

Espace Jeunes Marguerite Taos Amrouche :

"Marie Louise Taos Amrouche est une grande artiste amazigh-kabyle, écrivain d'expression française et interprète de chants traditionnels kabyles. Elle est le 4 mars 1913 à Tunis et morte le 2 avril 1976 à Saint-Michel-l'Observatoire en France.

Parce que cette artiste a su faire entendre sa voix, l'Espace Jeunes Piat-Rigoles prend le nom de l'artiste Marguerite Taos Amrouche. A cette occasion, le photographe Sylvain Gripoix réalise un portrait monumental de la chanteuse et écrivain Taos Amrouche.

Ce portrait sera entièrement composé à partir de photos de visages des habitants du quartier.

Vous êtes invités à participer à cet évènement en venant vous faire photographier, le 30 octobre au 50 rue des Rigoles, et le 31 octobre au 49 rue Piat, seul(e) ou en groupe. 

Le portrait monumental réalisé à partir de tous ces portraits sera affiché sur la façade de l'Espace Jeunes au 49 rue Piat à partir du 30 novembre 2013.

Les personnes désirant obtenir leur portrait individuel pourront s'adresser à l'Espace Jeunes où il leur sera transmis gratuitement par email sous forme de fichier numérique. "

Espace Jeunes Marguerite Taos Amrouche - 49, rue Piat 75020 Paris
Tél : 01 84 16 95 93
http://www.jeunes.paris.fr/espace-jeunes-marguerite-taos-amrouche
http://association-ameslay.blogspot.fr/

lundi, octobre 28, 2013

Oulahlou



Source : http://www.youtube.com/watch?v=EZ7OzyMVmZI

Dans ses chansons, Oulahlou dénonce le pouvoir assassin qui en a tué plus d'un, la corruption, l'autoritarisme, il revendique la liberté pour son peuple et la reconnaissance des valeurs identitaires de la Kabylie, ainsi que la reconnaissance de la langue tamaziɣt comme langue officielle.

Peintures murales - Rue Denoyez

 
 

Quand Marlon Brando débarrasse la table...



Source : http://www.youtube.com/watch?v=C4Z4c6-_iek 
(Un tramway nommé désir)

samedi, octobre 26, 2013

Conte kabyle


Le rêve de la gazelle.


De Sabrina Azzi :

C’est une histoire qui n’a pas de fin…chaque lecteur y apportera sa touche et en poursuivra le fil d’Ariane.

Qui ne souhaiterait pas fermer les yeux et écouter, tout simplement écouter? Écouter avec le cœur comme nous faisions du temps où nos mères, nos grand-mères intarissables, nous contaient de leur voix douce et rassurante de fabuleuses histoires qui nous ont tant bercés, qui nous ont transportés dans des mondes magiques, des mondes qui ont façonné nos rêves, modelé nos esprits.
Écouter de tout notre être pour entrer par la grande porte dans le monde enchanteur où grouillent des personnages multiples qui hantent notre imaginaire collectif kabyle : waɣzen (l’ogre), tteryel (l’ogresse), aɛeqqa yessawalen (le grain magique), tafunast igujilen (la vache des orphelins)... Communiquer avec le pouvoir guérisseur des mots de notre langue toujours vivante malgré des siècles d’hostilité.

Écouter, ici et maintenant l’histoire d’une gazelle qui court à la vitesse de l’éclair pour atteindre l’oasis de ses rêves, l’oasis magique.

Mais où se trouve donc cette oasis que la gazelle veut atteindre et comment y parvenir à travers l’immensité du désert dont l’aridité légendaire fait trembler d’effroi le plus téméraire des aventuriers ?

Où se trouve ce vent léger et doux qu’on aimerait tous sentir caresser nos visages, nous inonder de sa fraîcheur quand la robe ardente de l’astre solaire brûle les airs, assèche la terre et terrasse hommes et animaux. Tous les jours ce fantasme du vent qui nous guide dans nos pérégrinations habite les cœurs, fouette les corps, rafraîchit la peau…

Et la gazelle cherche, renifle, sent, toujours à la recherche de ce souffle qui donne vie et oriente les êtres.

Mais, arrivera-t-elle à l’attraper, à le rencontrer, à l’effleurer, à trouver en lui un guide ?

Elle court, pour le moment elle court, bondissant très haut de ces pattes agiles et pleines d’harmonie…

La chaleur lui cuisait les os mais elle court, têtue comme un être humain.

Le soleil, du haut du ciel bleu, la nargue, la transperce de ses rayons dorés…

Elle court quand même, sûre d’avoir raison de l’atmosphère qui étouffe !

L’air brûle les narines, atteint le larynx, pénètre le corps avec brutalité…

Pour le moment, elle court encore et encore…

C’est que son but est noble pensa –t-elle. L’oasis est loin, très loin mais elle est si prometteuse…

Alors, mue par on ne sait quelle force intérieure, elle se résout à toujours courir sans fin.

Par intermittence, elle croit apercevoir l’oasis avec sa verte couronne puis, soudain tout s’évanouit. C’est que les mirages en ces lieux incandescents lui jouent des tours. Les yeux se brouillent quand la chaleur redouble de férocité et l’imagination devient féconde.

Peu lui chaut, elle continue de persévérer et d’avaler des kilomètres et de croiser divers animaux surpris par cette course effrénée et cette obstination hors normes…

Un lièvre qui se trouvait là sur son chemin l’interpella et lui dit :

    Où vas-tu comme ça dans cette course folle, reine du désert ?

Je cherche l’oasis magique et la brise qui m’y conduira pour y respirer l’air du bonheur.

    Chimère !  Ce n’est qu’un vain rêve. Cherche-toi un peu d’ombre et prémunis-toi  contre ce sirocco avant qu’il n’incinère ton joli manteau ! Répond le lièvre.

La gazelle garda le silence et ne répondit point.

Après quelques instants de réflexion, le temps d’intégrer les paroles du lièvre, la gazelle s’élance à nouveau dans un bond gracieux qu’elle seule en a le don de faire.

Fatiguée certes, mais elle court !

Une hyène l’aperçoit de loin et s’en approcha avec respect !

    Belle du désert, le soleil est ardent et le vent est brûlant.  C’est ta beauté qui embellit et encense le désert, alors prend soin de toi.

    Regarde au loin lui dit la gazelle !

    Où ça ? Répondit la grosse hyène d’une voix rauque et caverneuse.

    Ferme les yeux et regarde au loin en respirant profondément !

    Peut-on regarder en fermant les yeux, s’étonna l’hyène ? Ah oui, sans doute les effets de cette grande chaleur, pensa t-elle !

    Même de très loin je ferme les yeux et je vois, je ressens cet air frais rétorqua la belle…

    Ne rêve pas trop, reine du désert, ton oasis, n’est que chimère. Aucun de tes sujets du désert n’en a parlé à ce jour !

La gazelle n’écouta point…Téméraire, elle court…

Voici le chacal bien au fait du rêve de la gazelle qui accourra pour l’aborder.

    La belle gazelle essaye de joindre l’oasis magique dit-il ! Je crains que le vaste désert ne te fasse prisonnière ajouta t-il un peu narquois. Tu es si belle qu’il te ferait tourner et tourner autour du même point  pour  s’abreuver de ta beauté. C’est que le désert est avide des sens, insista t-il pour la dissuader de poursuivre son chemin périlleux. Belle gazelle, faut pas trop chercher, fureter et fouiner. Le secret est là et comme dit saint Exupéry, on ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux.

Mais la gazelle le sait : On ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux, en effet, la vision est dans l’authenticité, l’amour.

Elle sait regarder avec les yeux…

Elle sait admirer, apprécier…

Mais elle n’écouta point, persuadée de l’existence de l’oasis magique.

Alors elle se remit à courir, courir du mieux qu’elle peut…

Au sortir d’une vallée de dunes, brutalement une meute de loups lui barra le passage !

- Gazelle, ou vas-tu en courant par cette chaleur implacable?

- Vers l’oasis magique, je veux trouver l’oasis magique !

- Cela fait des lustres que nous parcourons ce désert, il n’y a pas d’oasis magique, belle gazelle ! Rentre chez toi…Ta famille, tes amis t’attendent et le désert est menaçant, il peut t’emporter, t’ensevelir dans ses milliards de grains chauds !

- C’est vrai, j’ai tout laissé derrière mais je ne rentrerai qu’une fois l’oasis magique atteinte. Personne n’a voulu m’accompagner car aucune gazelle ne croit pas à son existence.

- Sublime reine, nous sommes fiers de ta beauté, de ton intelligence et de ta jeunesse ! Viens avec nous, tu seras notre invitée de marque ce soir ! Tu te reposeras et demain matin à l’aube, à l’heure où surgit la fraîcheur, nous ferons tout pour t’aider…Lui dit le chef des loups, les yeux étincelants.

- Pourquoi ces loups veulent-ils m’aider ? Pourquoi m’invitent-ils chez eux ? Depuis quand le loup est l’ami de l’antilope ? pensa t-elle. Cette offre la troubla au plus profond de son être. Soudain elle se sent vulnérable.

- Charmante gazelle, écoute-nous bien, juste cette nuit…demain matin, tu seras plus en forme et tu reprendras ton chemin. Tu es notre reine et nous te voulons du bien.

Elle réfléchit et prit la mesure de sa fatigue. Reprendre sa marche forcée serait encore plus éprouvant que de se retrouver au sein de la meute.

    C’est vrai, je suis morte de fatigue, une nuit de sommeil me fera du bien et ces loups, n’ont pas l’air d’avoir faim et n’ont pas l’air d’être méchant, ils se montrent respectueux et généreux…

La gazelle à moitié rassurée, suivit les loups dans leur tanière…

L’un d’un d’eux, ne pouvant tenir son envie de croquer la gazelle n’arrêta pas de saliver… Il s’approcha d’elle et sortit tous ses crocs.

Dans un élan salvateur, la gazelle bondit avec force et prit la fuite à la vitesse de l’éclair dont elle seule détient le secret.

Les loups, en meute, la suivirent, avides de la rattraper.

Mais la gazelle de bonds en bonds s’éloigna dans un grand nuage de poussière et disparut à l’horizon.

Les loups, épuisés, rebroussèrent chemin la queue entre les jambes.

La gazelle poursuivit sa course convaincue d’atteindre son but.

Un scorpion à la mine toute gentille lui fait signe pour ralentir sa chevauchée et l’aborda avec une tendresse inattendue.

- Bonjour reine du désert, où vas-tu comme ça sous cette chaleur cuisante ?

- Je cherche l’oasis magique…répondit-elle en courant.

- Ah, quelle coïncidence ? Moi aussi, je la cherche sauf qu’avec ma faible allure, je ne suis pas sur de pouvoir l’atteindre, je mourrai peut-être au milieu du chemin…Tu sais, reine du désert, c’est le seul rêve qui me fait vivre aussi, un rêve ou plutôt une chimère car avec mon rythme…

La tendre gazelle, s’arrêta un moment et pensa :

    Je pourrai l’emmener avec moi mais …c’est un scorpion, il pourra me faire dormir du dernier sommeil avec son venin. Non, après tout, il s’accrochera sur l’une de mes cornes et il ne pourra rien me faire…aidons-le!

Avec des yeux doux et compatissants, la gazelle regarda le scorpion se faisant tout petit et inoffensif. Elle finit par baisser la tête et lui tendre l’une de ses cornes…

Elle reprit son chemin. Elle court, elle court… le scorpion agrippé à sa corne.

Au bout d’un certain temps, le scorpion descendit petit à petit…Il atteignit la tête de la gazelle et la tâtonna pour s’assurer de son positionnement. Mais la gazelle sentit sa présence et le jeta violemment…Mais en tombant, le scorpion put s’accrocher à sa patte et la piqua de tout son dard…La gazelle cria de douleur et d’amertume… De grosses larmes coulèrent de ses grands, beaux yeux attristés. La gazelle ne put s’empêcher de pleurer, la piqûre  lui faisait mal. Mais ce qui lui fit encore plus mal c’est la trahison de ce scorpion. Alors qu’il affichait gentillesse et amitié, il a finit par lui inoculer son venin terrassant.

Les beaux yeux de la gazelle s’éteignirent de tristesse. Des larmes chaudes n’en finissent pas de couler. Mais ce mal ne devait pas la détourner de son but. Elle devait reprendre courage.

Les yeux en pleurs et le mal la tiraillant de partout elle se concentra dans une énergie sans pareille et s’élança à la vitesse dépassant l’éclair. L’âme prise d’amertume, elle ferma les yeux et fonça à nouveau droit dans le désert. Elle court en pensant au troupeau d’antilopes qui n’a pas cru en son rêve et l’a laissée affronter, seule, les affres du désert. Quoiqu’elle fasse, le troupeau la guette de loin et attend son retour.

La gazelle continua ainsi des jours, des semaines et finit par atteindre l’oasis magique par une belle nuit étoilée dont la lumière inonde la terre. Elle respira longtemps et profondément. L’air pur, l’eau jaillissant de multiples sources, les palmiers chargés de fruits, tous ces bienfaits de la nature autour d’elle la grisait de bonheur. Elle bondissait de joie et rua de plaisir. Elle avait raison de croire en son destin.

Elle repensa aux terribles péripéties qui ont failli entraver son  chemin et malgré cela, elle n’a pas renié sa race. Elle n’a pas oublié l’endroit qui l’a vu naître et grandir. Elle n’a pas oublié le chemin qu’elle a suivi comme elle n’a pas oublié ceux qui ont tenté de lui barrer la route.

Ce soir là, ce fût la pleine lune. Elle admira goulûment l’astre nocturne jusqu’à oublier les étoiles qui la couronnent ! Elle passa des moments enchanteurs et se résout à rejoindre à nouveau les siens, tournant les pages qui chagrinent…Mais malgré une description passionnée des lieux aucun des siens ne crut vraiment à l’existence de l’oasis magique ! La gazelle se mit alors à échafauder d’autres plans…

Source : http://kabyle.com/articles/le-reve-de-la-gazelle-22351-16102013

 
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