lundi, février 23, 2009

"Engagement, Militantisme et plaisir" par Michel Onfray

Extrait de la conférence du 12/12/2008 à Saint-Denis

Michel Onfray : "Je ne crois qu’on puisse être désengagés, je crois que l’on est toujours engagé, Il y a simplement des gens qui montrent leur engagement, des gens qui ne le montrent pas. […]

Je crois qu’un libertaire procède toujours d’une sensibilité viscérale. On ne parvient pas à l’engagement libertaire par le concept, par la théorie parce que l’on aura lu des livres mais si on lit des livres, ils entreront en résonnance avec une expérience particulière, et c’est ce qui fait qu’on se trouve dans un tempérament libertaire. […]

Je suis sur des positions ultra-pragmatiques et je choque dans le monde philosophique parce que justement les philosophes sont sur des positions pas du tout pragmatiques, ultra-théoriques, ultra-conceptuelles en disant c’est la théorie de ceci, la théorie de cela et on est dans l’éthique de conviction. Moi j’aime l’éthique de responsabilité et je me dis « ça produit quoi comme effet ? qu’est ce que ça produit comme type d’effet dans le réel ? » et la philosophie m’a montré que le militantisme passait par la vie philosophique. Qu’on ne peut pas dire d’une part qu’on est philosophe et d’autre part vivre autre chose que ce qu’on enseigne. […]

Ce qui m’intéresse ce n’est pas le verbe haut et clair, c’est l’adéquation entre ce qu’on dit et ce qu’on fait et pour moi, le militantisme c’est ça. Il ne faut pas qu’il y ait un grand écart entre ce qu’on dit et ce qu’on fait. .. J’ai le souci de l’action et du pragmatisme, moi je dis – et c’est là qu’on révolutionne la philosophie - il faut éclairer la théorie par la pratique. C’est la pratique qui doit permettre de réfléchir sur la théorie, qui doit permettre à l’élaboration de la théorie. […]

J’essaie de faire ce que je dis et de dire ce que je fais et puis de produire des effets dans le réel, c’est-à-dire qu’on trace des routes dans une mer avec la météo, avec le matériel dont on dispose et la possibilité de jongler avec les anticyclones, les tempêtes ou ce genre de choses, donc je trouve que le militantisme est au quotidien, il passe par la vie philosophique et il passe par la production des micro-résistances et la micro-résistance, ça va de la façon de penser son couple, de vivre son couple jusqu’à un projet de société, à l’évidence . Donc le militantisme pour moi c’est ça, c’est-à-dire quand on est dans une théorie philosophique, on tache d’être susceptible de pratiquer cette théorie–là parce qu’elle doit produire des effets sinon ça ne sert à rien."

http://www.dionyversite.org/enregistrements_onfray.html

mardi, février 17, 2009

La révolution libertaire par Proudhon, Bakounine, Kropotkine

Philosophes du socialisme naissant, fondateurs des premiers groupes anarchistes, Proudhon, Bakounine et Kropotkine furent des révolutionnaires déterminés, comme le montrent les biographies présentées dans ce livre. Authentiques penseurs et hommes d'action, ils ont joué chacun en leur temps un rôle éminent dans l'organisation des luttes internationales contre l'oppression religieuse, la dictature politique et l'exploitation économique.

Réunis par thèmes pour la première fois, 140 textes de ces trois auteurs peuvent être lus comme les éléments à la fois originaux et complémentaires d'une pensée philosophique et politique solidement construite.

Redonner à lire, en ce début de XXIe siècle, la cohérence et la radicalité de la réflexion des fondateurs du communisme libertaire ; recréer les conditions d'un dialogue constructif entre tous les courants désireux de rassembler leurs forces pour construire une alternative crédible au capitalisme contemporain ; tels sont les objectifs théoriques et pratiques de cet ouvrage.

Textes choisis et présentés par Philippe et Michael Paraire

Extrait du livre :


Ce n'est pas parmi les prisonniers d'opinion que l'on trouvera les plus ardents soutiens de l'État fort. Quand on est persécuté pour ses idées ou son action politique, pour quelques lignes dans une brochure, pour la rédaction d'une affiche ou quelques phrases prononcées en public, quand on est dénoncé à la police par les partis religieux ou jeté au cachot pour avoir participé à un comité rebelle à l'occasion d'une révolution manquée, on ne peut aimer l'ordre étatique et clérical qui sert de rempart à la domination des riches sur les pauvres.

À eux trois, Proudhon, Bakounine et Kropotkine totalisent dix-sept années d'emprisonnement, dont onze de réclusion dans les cellules d'une forteresse militaire, sept ans d'assignation à résidence, soixante-dix ans d'exil volontaire à l'étranger pour raison de sécurité ; de très longues périodes d'existence clandestine sous de fausses identités ; une tentative d'assassinat par les services spéciaux de la police du tsar.

Mais les penseurs libertaires étaient d'authentiques révolutionnaires bien avant d'être persécutés ; l'emprisonnement, les dangers inhérents à la vie militante de leur époque n'ont fait que vérifier à leurs propres yeux la justesse de leurs analyses. Ce n'est donc pas exclusivement dans leur expérience personnelle qu'il faut chercher les raisons de leur engagement, pas plus que l'origine de leur théorie. Matérialistes par choix philosophique ou agnostiques déterminés, ennemis naturels, de ce fait, de la foi religieuse autant que de ses manifestations institutionnelles, ils étaient hostiles à toutes les formes hiérarchiques et inégalitaires de l'organisation des sociétés humaines. Proudhon, Bakounine et Kropotkine, irréductibles détracteurs de la concentration des pouvoirs autant que de celle des richesses produites par le travail de tous, ont construit au XIXe siècle, dans des circonstances périlleuses au plan pratique et difficiles au plan théorique, un système complet d'explication du monde, une authentique idéologie libératrice et combattante : description éco­nomique sérieuse de l'essor du capitalisme qui se déve­loppait sous leurs yeux, réflexion sur la responsabilité de la religion dans la perpétuation du système de domination, dénonciation de l'omnipotence de l'État étayée sur une conception très argumentée de l'histoire sociale, philosophie pragmatique et matérialiste, résolument progressiste, appuyée sur les découvertes les plus récentes des sciences de la nature, vision morale des rapports humains à reconstruire et analyse originale de la place à accorder à la science dans la future société communiste libertaire.

 
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