samedi, avril 20, 2013

20 avril 2013 - Printemps Amaziɣ


Concert


Concert en plein air à 18h sur le parvis de la Basilique de Saint-Denis

En première partie : 45 élèves du conservatoire de Saint-Denis encadrés par Aude Glatard, professeure de formation musicale, interprètent des chansons kabyles sous la direction artistique de Rabah Ticilia, chanteur, musicien et chef de chœur. Au programme : Tella de Djamel Allam, Acawrar de Ali Amrane, Ssendu de Idir et Tizi Ouzou de Slimane Azem.

En deuxième partie : Djamel Allam


Source : http://ville-saint-denis.fr/jcms/jcms/prod_53916/concert-de-djamel-allam

vendredi, avril 19, 2013

Interview - Liberté


Hacène Hirèche, universitaire, enseignant en tamazight et consultant à l’université de Paris-VIII, a bien voulu nous accorder un entretien, en marge d’une conférence qu’il a animée à la maison de la culture Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou, sous le thème : “Tamazight langue officielle, réflexion sur l’impact psychologique, social et géopolitique.” Il a récemment lancé, avec d’autres citoyens, une pétition portant sur l’officialisation de la langue amazighe en Algérie.

Liberté : Vous venez de lancer une pétition sur l’officialisation de tamazight ? Une idée originale ?
Hacène Hirèche : Pour la pétition, nous sommes un groupe de militants de différentes sensibilités. Nous nous sommes retrouvés pour voir ce que nous pouvons  faire autour du 20 Avril afin de ne pas laisser passer inaperçu ce 33e anniversaire. Nous avons voulu marquer cet évènement et parmi tant d’autres idées nous avons retenu le lancement d’une pétition parce que cela permet à tout citoyen de marquer son ancrage dans cette volonté du peuple amazigh de voir sa langue enfin reconnue cinquante ans après l’Indépendance. Je pense que ce n’est pas normal que nous soyons encore privés d’un tel droit et il est temps que les autorités algériennes, les élus et la classe politique se mobilisent pour l’officialisation de tamazight, et cette fois dans la perspective d’une nouvelle Constitution, et que cesse la ségrégation pour réconcilier l’Algérie avec elle-même.
Il est inadmissible, à l’heure d’aujourd’hui, que tamazight ne soit pas officielle, alors que dans de nombreux pays, qu’ils soient bilingues ou multilingues, tels que l’Inde et la Suisse, coexistent très bien plusieurs  langues.
Je peux même dire qu’un pays ségrégationniste comme Israël a reconnu la langue arabe comme deuxième langue officielle, et en 2011, ils ont même décidé que les Juifs apprennent obligatoirement l’arabe parce que les Arabes apprennent obligatoirement l’hébreu. Que les pays ségrégationnistes accèdent à l’arabe alors qu’un pays comme l’Algérie n’accède pas à la langue du pays est un scandale. Il faut sortir de cette situation qui a trop duré et qui est totalement injuste.

Peut-on croire au projet de l’officialisation de tamazight en 2013 ?
Vous savez malheureusement que c’est un régime auquel on ne peut pas faire entièrement confiance. Il donne d’une main et retire de l’autre. On est habitué à ce jeu politique des petites miettes. Donc, il faut prendre du recul, garder la tête froide, militer davantage pour l’officialisation de notre langue et ne pas compter seulement sur la bonne volonté du pouvoir politique. C’est une question de rapport de force et le régime a toujours fonctionné justement sur la base des rapports de force.
Militer pour l’officialisation de cette langue est le devoir, non seulement des berbérophones et de tout Algérien qui aime son pays car il s’agit là de la langue de nos ancêtres.  C’est également une façon de sortir de la vassalité de l’Algérie envers l’Égypte et le Moyen-Orient, sortir du “Nacirisme” qui a plongé l’Algérie dans une culture factice et une réalité socio-économique peu reluisante. Aujourd’hui, il est temps que l’Algérie soit un pays totalement indépendant et souverain et qu’elle prenne en charge les problématiques qui lui sont propres.

Quelle est votre point de vue sur la transcription de tamazight ?
Cela fait partie de ce que je viens d’affirmer. C’est un pouvoir qui donne d’une main et qui retire de l’autre. C’est pour créer la confusion et humilier les chercheurs berbérisants qui eux, sont habilités à choisir une graphie. Il décide du jour au lendemain, on ne sait par quel canal, de la transcription de tamazight en arabe, ce qui est un choix beaucoup plus dogmatique et idéologique alors qu’il y a des chercheurs habilités à le faire.
La Kabylie s’apprête à commémorer le double anniversaire du Printemps 1980, mais aussi, du Printemps noir, une autre date dont on en parle un peu moins aujourd’hui ?
Le Printemps noir est déjà la célébration du Printemps 1980. Donc, c’est une continuité. Il est important que les jeunes de ce pays le sachent, c’est que le 20 Avril 1980 a libéré les énergies de toute une région,  parce qu’après Avril 80 à Tizi Ouzou, il y a eu en 1982 et 1983 des manifestations à Constantine et à Oran. Il y avait même eu des détenus à Constantine et je me souviens personnellement que j’étais contacté par Me Mokrane Aït Larbi qui nous a remis  une liste de prisonniers constantinois pour  que nous puissions agir sur le plan international.
Après, il y a eu la Ligue algérienne des droits de l’Homme, en 1985-1987,  puis l’ouverture politique, une liberté  muselée qu’on connaît, celle d’Octobre 1988. Suite à cela, nous avons été approchés par des militants tunisiens et marocains qui étaient admiratifs de ce qui s’était passé en avril 1980 chez nous et ils ont adhéré à l’idée de sortir d’un régime despotique, quelque soit l’emprise de la société sur le pays. Je peux dire que ce qui s’est passé en Tunisie et en Égypte, c’est l’éruption de tout ce qui s’est passé en Algérie et en Kabylie après 1980.
À l’époque, la Kabylie avait bougé en même temps que le mouvement ouvrier polonais, mais il se trouve que celui-ci fut aidé par les États-Unis et par l’Europe.

Source : http://www.liberte-algerie.com/actualite/il-est-inadmissible-que-tamazight-ne-soit-pas-une-langue-officielle-hacene-hireche-universitaire-enseignant-en-tamazight-et-consultant-a-l-universite-de-paris-viii-a-liberte-198233

mercredi, avril 17, 2013

Photos



mardi, avril 16, 2013

Le printemps berbère au commencement : le 20 avril 1980

Le Printemps berbère (Tafsut Imaziɣen) désigne l'ensemble des manifestations de mars à avril 1980 réclamant une place à Tamaziɣt.
Le déclenchement de cette revendication est l'interdiction d'une conférence sur "les poèmes kabyles anciens" que l'écrivain Mouloud Mammeri devait présenter le 10 mars 1980 devant des étudiants à l'université de Tizi-Ouzou.


Mouloud Mammeri :

"Le temps n'est plus où une culture pouvait se tuer dans l'ombre par la violence ouverte et quelquefois avec l'acquiescement aliéné des victimes."

"Quand je regarde en arrière, je n'ai nul regret, je n'aurai pas voulu vivre autrement... De toutes façons, un fantasme n'est jamais que cela. Je ne me dis pas : J'aurais voulu être un citoyen d'Athènes au temps de Périclès, ni un citoyen de Grenade sous les Abencérages, ni un bourgeois de la Vienne des valses. Je suis né dans un canton écarté de haute montagne, d'une vieille race qui, depuis des millénaires n'a pas cessé d'être là, avec les uns, avec les autres... qui, sous le soleil ou la neige, à travers les sables garamantes ou les vieilles cités du Tell, a déroulé sa saga, ses épreuves et ses fastes, qui a contribué dans l'histoire, de diverses façons, à rendre plus humaine la vie des hommes. 

Les tenants d'un chauvinisme souffreteux peuvent aller déplorant la trop grande ouverture de l'éventail : Hannibal a conçu sa stratégie en punique ; c'est en latin qu'Augustin a dit la cité de Dieu, en arabe qu'Ibn Khaldoun a exposé les lois des révolutions des hommes. Personnellement, il me plait de constater dès le début de l'histoire cette ample faculté d'accueil. Car il se peut que les ghettos sécurisent, mais qu'ils stérilisent c'est sûr. 

C'est par là que je voudrais finir. Ceux qui, pour quitter la scène, attendent toujours d'avoir récité la dernière réplique à mon avis se trompent : il n'y a jamais de dernière réplique - ou alors chaque réplique est la dernière - on peut arrêter la noria à peu près à n'importe quel godet, le bal à n'importe quelle figure de la danse. Le nombre de jours qu'il me reste à vivre, Dieu seul le sait. Mais quelque soit le point de la course où le terme m'atteindra, je partirai avec la certitude chevillée que quelque soient les obstacles que l'histoire lui apportera, c'est dans le sens de sa libération que mon peuple - et avec lui les autres - ira. L'ignorance, les préjugés, l'inculture peuvent un instant entraver ce libre mouvement, mais il est sûr que le jour inévitablement viendra où l'on distinguera la vérité de ses faux semblants. Tout le reste est littérature. "

lundi, avril 15, 2013

Festival International des films berbères

Des films pour raconter l'homme libre et la femme libre. Du 19 au 21 avril, au cinéma les 3 Luxembourg de Paris.

La Colline Oubliée
 Machaho


Source : http://www.festivalfilmsberberes.com/Video_r9.html
http://www.sortiraparis.com/loisirs/cinema/articles/61343-festival-international-des-films-berberes-1

samedi, avril 13, 2013

Entretien avec Hacène Hireche, spécialiste de la question amazighe

Intellectuel, Hacène Hireche est très connu dans les milieux de la culture amazighe. Il enseigne Tamazight à l’université Paris 8. Il fait partie des initiateurs de la pétition qui vient d’être lancée pour la reconnaissance de la langue amazighe comme langue officielle dans la prochaine Constitution. Dans cet entretien, il explique pourquoi cette pétition est lancée. En même temps, il revient sur de nombreux aspects liés au printemps berbère, à la situation actuelle de la langue amazighe et à son avenir.

Peut-on savoir comment est née l’idée de lancer une pétition pour la reconnaissance de la langue amazighe comme langue officielle et pourquoi avoir choisi ce moment précisément ?
C’est un petit groupe d’universitaires et de militants de diverses sensibilités politiques qui en est à l’origine. Au départ, il s’agissait de réfléchir à une action autour du 20 avril. Nous voulions contribuer comme tant d’autres à marquer cette date devenue journée-symbole contre la répression et pour la promotion de tamazight aussi bien en Algérie que dans les pays voisins et bien sûr dans les pays d’émigration comme la France ou le Canada. Il nous a semblé utile de lancer une pétition parce que celle-ci permet à chacun de s’impliquer, de là où il est, en marquant son accord pour l’officialisation de notre langue. Nous sommes, en effet, dans une situation absurde. Une langue autochtone exclue dans son propre pays, tandis que s’y développent des langues d’importation.

S’agit-il d’une première initiative du genre, ou bien y a-t-il eu déjà des actions similaires dans le passé ?
Nous avions, dans les années 1980, interpellé les autorités de l’époque à travers de nombreuses pétitions signées notamment par de grands intellectuels algériens et français, des militants des droits de l’Homme et des syndicalistes. Ces pétitions touchaient à la langue et à la répression que subissaient les acteurs du Printemps amazigh. Donc, ce n’est pas nouveau mais ça reste d’actualité d’autant plus que le pouvoir vient d’annoncer la révision de la constitution. Il faut donc nous mobiliser au plus  vite cette fois et imposer notre langue dans un texte qui protège les droits fondamentaux de tous les citoyens. La politique du premier et du second collège est d’un autre âge. Le statut de sous-algérien imposé aux Amazighophones et Amazighophiles doit être aboli à jamais ! Seule une mobilisation populaire peut faire changer la donne.

Que pourra apporter de plus une telle décision en faveur de tamazight ?
Un grand changement de cap, une véritable révolution : accéder à un droit élémentaire dont on aurait jamais dû être privé! L’Algérie se réconcilierait avec elle-même, les Algériens sortiraient de la situation mensongère et schizophrénique dans laquelle les tenants du pouvoir les ont plongés depuis 1957 avec l’assassinat d’Abane Ramdane, tête pensante du combat indépendantiste.

En Algérie, tamazight est langue nationale depuis 2003. Concrètement,  quelle est la différence entre le fait qu’une langue soit « seulement » nationale et quand elle est nationale et officielle. Autrement dit, le fait d’être une langue officielle, c’est quoi de manière palpable ?
De manière palpable, tamazight langue officielle va déjà se retrouver sur des registres symboliques : la monnaie, les frontons des institutions, les pièces d’identité, les tires de voyage, etc. A moyen et long termes, elle s’installera progressivement dans les institutions et son enseignement doit devenir obligatoire à tous les paliers. Le fossé qui existe aujourd’hui entre le peuple, son histoire et ses institutions laissera alors la place à un continuum réparateur. L’Algérie ne sera plus vassale des pays du Golf, elle sera fière d’elle-même et pourra jouer un rôle-clé dans la construction d’une Union nord africaine.

Nous allons célébrer le trente-troisième anniversaire du Printemps berbère dans quelques jours. L’un des bilans qui peut être établi est, entre autres et sans conteste, le fait que le fleuve de l’amazighité a été  vraiment détourné par une bonne partie des artisans du même Printemps berbère. Certains s’en sont servis pour faire de la politique, d’autres pour s’enrichir, etc. Quel commentaire pouvez-vous faire au sujet de ce constat ?
Dans tout mouvement social et dans toute révolution, il se trouve des acteurs qui baissent les bras, des acteurs qui rejoignent le groupe dominant, d’autres qui en profitent pour s’incruster dans l’ascenseur social. Mais gardons-nous bien de généraliser. C’est une minorité qui cède aux sirènes de la facilité et de l’appât du gain. Une majorité continue de se battre et beaucoup d’acteurs s’échinent à utiliser les marges de manœuvre qui sont les leurs pour activer comme ils peuvent, là où ils peuvent. C’est sur les actes que l’on juge les hommes et non sur leur étiquette. Ceux qui se retrouvent contraints de vendre leur âme pour un droit à une place dans leur pays sont, quelque part aussi, des victimes. Il est évident qu’ils travaillent dans une humiliation et avec des blessures permanentes. Ils s’en remettent à des féodaux dont ils subissent quotidiennement une violence symbolique dévastatrice. Ceci dit, se situer hors des institutions n’est pas toujours, non plus, un gage de probité.  Certains jouissent de privilèges hors normes que n’ont pas tous les commis de l’Etat. Quelques, je dis bien quelques, nouveaux riches sont encore plus nuisibles à la société et leurs biens sont souvent mal acquis. Certains groupuscules aussi passent plus leur temps à dénigrer ce qui se fait et à se mettre en scène qu’à faire un travail utile et durable. Il faut savoir distinguer le bon grain de l’ivraie et encourager ceux qui œuvrent dans le bons sens et ils sont très nombreux.

En même temps, on ne peut pas nier que c’est grâce à ce printemps berbère que les choses ont commencé à bouger en Algérie et à prendre une autre tournure. Quel est l’apport des événements de 80, concrètement aussi ?
J’ai déjà eu l’occasion de parler de cet apport. Pour le dire vite, disons que le Printemps amazigh a contribué de façon décisive à sortir l’Algérie du régime militaro-policier qui l’enserrait dans ses griffes. Ce printemps a fait germer des révoltes à Oran, à Constantine en 1982-83. Je me souviens que Maître Mokrane Aït Larbi m’avait fait parvenir une liste de prisonniers constantinois pour alerter l’opinion internationale, ce que nous avions fait. Ce Printemps a donné aussi naissance à la Ligue algérienne des droits de l’Homme présidée par Maître Abdennour Ali Yahia autour de laquelle s’est faite une grande mobilisation populaire en 1985-87. Avril 80 a été le ferment de la révolte d’octobre 1988 et du printemps noir de 2001 avec a leurs lots de souffrances et d’espoir. Le Printemps Amazigh a donné aussi le signal des printemps qui ont fait irruption en Tunisie et en Egypte et qui, à leur tour, ont déteint sur le reste du monde. Je connaissais des militants tunisiens et marocains des droits de l’Homme à Paris et je me souviens combien ils étaient admiratifs du travail fait autour du Printemps berbère comme on l’appelait en ce temps là. Ils ont intégré l’idée qu’aucun régime, fusse-t-il le plus despotique, ne peut bâillonner définitivement son peuple. Il faut rappeler que la Kabylie s’est soulevée en même temps que le mouvement ouvrier de Gdansk en Pologne, mais nous n’avions pas l’aide qui fut apportée par l’Europe et les USA au syndicat Solidarnosc. Nos leaders de l’époque étaient ignorés par les médias occidentaux qui concentraient toute leur énergie à soutenir Lech Walesa ! Tout cela, les jeunes de chez nous doivent le savoir.

Ce n’est qu’après l’année du boycott scolaire, en 1995, que tamazight a gagné réellement des espaces institutionnels. Pensez-vous que l’enseignement de tamazight est la mesure la plus importante qui ait été prise pour la réhabilitation de la langue et culture amazighe ?
Je pense que le pouvoir n’a fait que prendre des mesurettes ! Il a l’habitude de retirer d’une main ce qu’il a cédé de l’autre. Oui, le peu d’enseignement qui existe est toujours un acquis, mais gardons-nous bien qu’il ne soit pas l’arbre qui cache la forêt.

Après la même action de grève scolaire, une institution, le Haut commissariat à l’amazighité a été créé en 1995, suivi quelques années plus tard du Centre national pédagogique et linguistique pour l’enseignement de tamazight. Ces deux institutions ne remplissent pas la mission qui est la leur compte tenu de plusieurs raisons, dont la principale est leurs prérogatives très limitées. Quelle appréciation en faites-vous ?
J’en retiens que les bonnes volontés des hommes engagés dans ce processus ne suffisent pas. C’est de la responsabilité de l’Etat de leur donner les moyens pour promouvoir cette langue de nos pères, de nos ancêtres. Or, il les entrave dans leur action. Restons constamment vigilants, ne nous contentons pas de la politique des miettes.
La reconnaissance de tamazight comme langue nationale et une éventuelle reconnaissance comme langue officielle sont des armes à double tranchant. Certes, au plan de la symbolique et politique il s’agit d’acquis incommensurables, voire révolutionnaires. Mais en même temps, le manque de moyens mais surtout l’absence de compétences se répercute de manière très négative sur ce processus de promotion de l’amazighité.

On a l’impression qu’on est en train de reproduire les mêmes erreurs que celles  ayant émaillé l’arabisation massive au lendemain de l’indépendance. Etes-vous de cet avis ?
Oui et non. J’estime que la comparaison avec l’arabisation ne peut pas tenir. Lorsque l’arabe standard a été imposé aux Algériens, aucun d’eux ne le revendiquait et aucun d’eux ne le parlait. L’arabe standard ne provoque aucune résonance émotionnelle. Il est froid parce qu’il est l’émanation non pas d’un peuple mais d’une poignée d’idéologues dogmatiques et vassaux du nassérisme. Ce n’est pas le cas de tamazight. C’est la langue de millions d’Algériens, elle est revendiquée par une large partie de ses locuteurs et elle est inscrite dans l’inconscient collectif de tous les autres. Il ne faut pas perdre de vue que c’est la langue de nos ancêtres et qu’à ce titre elle est en symbiose avec nos rituels, nos émotions, nos croyances collectives, etc. Pour peu qu’il y ait une volonté politique, des moyens seront actionnés, des enseignants formés et des facteurs de résiliences surgiront alors pour aider à réparer les dommages subis par notre langue et ses locuteurs.

Ces dernières années, pour de multiples raisons, l’engouement de la population, notamment celle de Kabylie, a sensiblement baissé à l’égard de tamazight. Cette dernière, qui était un élément de fierté, y compris à l’époque du parti unique, ne l’est plus actuellement, constate-t-on. En Kabylie, et plus particulièrement dans les villes, des parents n’hésitent pas à faire apprendre le français comme première langue à leurs enfants. On le constate surtout dans les crèches, dans les écoles privées et dans les familles dont les parents sont d’un niveau d’instruction assez élevé ainsi que chez des familles relativement riches matériellement. A quoi imputez-vous ce phénomène ?
Les raisons à cela sont multiples, je ne peux qu’en donner quelques pistes. Le premier élément est sans doute que l’Etat ne la prenant pas en charge, cette langue n’a pas de lien direct avec les processus d’ascension sociale et, du coup, elle se trouve dévalorisée aux yeux mêmes de certains de ses locuteurs. Le second élément, corollaire  du premier, est que nous sommes entrés dans une société consumériste. Alors, les besoins immédiats de consommation prennent le dessus sur les besoins psychologiques plus profonds, plus vitaux, plus à long terme. On se retrouve comme dans une course effrénée, il faut parer au plus pressé. Ni le français, ni l’arabe standard ne peuvent répondre aux besoins liés à nos affects. Tamazight est indispensable à l’équilibre de l’enfant et cela ne l’empêchera pas de s’approprier les autres langues. Bien au contraire,  c’est la maitrise de sa langue émotionnelle qui l’aidera à progresser plus vite dans les langues étrangères. C’est pourquoi, nous sommes déterminés à faire de tamazight une langue officielle dans la nouvelle constitution et que nous appelons tous les Algériens à signer la pétition que nous proposons à cet effet.

Entretien réalisé par Aomar Mohellebi

 
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