Par Hacène Hireche :
Kabylie : la mort odieuse de plus, de trop qui fauche Hervé Gourdel !
L’irruption de l’effroyable nouvelle sème d’abord l’épouvante dans nos
rangs lors même que nous sommes malheureusement habitués depuis
longtemps à ce genre de tragédies perpétrées par des hordes mues par la
même idéologie, la même mentalité guerrière : l’Islam totalitaire
d’importation récente. Comment, au 21ème siècle, des hommes peuvent
sacrifier d’autres hommes pour Allah comme aux temps d’avant Abraham ?
Comment un groupe, faisant sa prière cinq fois par jour se gargarisant
de « ssalam aâli-kum… », peut verser le sang d’un innocent pour
démontrer l’illusoire sentiment de puissance de son organisation
islamique implantée par on ne sait quelle volonté politique dans une
Kabylie traditionnellement laïque, tolérante, ouverte sur le monde et
dont la moitié de la population vit hors de ses frontières ?
Comment
cet homme, Hervé Gourdel, venu tranquillement chez nous et placé sous
l’aânaya (la protection sacrée) de citoyens algériens puisse être
froidement décapité et aussi facilement ? Un assassinat commis dans un
élan d’orgueil pour assouvir les bas instincts d’un groupe résolu à
faire plier tout le monde, à faire triompher son islam ici, ailleurs et
partout et à démontrer son allégeance féodale à un Etat islamique de
plus dans un Moyen-Orient déjà largement fanatisé par des monarchies
ivres de leur opulence et assurées du soutien d’une Amérique sûre de son
bon droit d’exportatrice d’un prêt-à-porter démocratique, une Amérique
et un occident le plus souvent sourds aux appels des forces
démocratiques des pays du sud et les Kabyles en connaissent un rayon !
Devant le martyre de cet homme ami des peuples de montagnes, notre
tristesse est grande et cet acte odieux nous inspire compassion et
solidarité envers sa famille et tous ses proches comme nous nous
inclinons devant toutes les victimes innocentes d’hier et d’aujourd’hui
frappées par ce genre d’actes sauvages perpétrés par le même bras armé.
Chacun sait que la Kabylie, en conflit ouvert ou larvé avec le pouvoir
central d’Alger dont elle conteste la politique arabiste et islamiste
sectaire et fanatique et s’insurge contre sa vassalité vis-à-vis des
pays baathistes et wahhabites du Moyen-Orient, est quadrillée de façon
dense et permanente par les forces de sécurité. Alors comment au cœur de
cette région hyper-quadrillée, réfractaire à toute islamisation forcée,
opposée à tous les courants officiels ou officieux de l’Islam
politique, des groupes fanatisés peuvent frapper impunément comme ils
l’ont fait depuis la décennie noire et comme ils ont enclenché leur
pulsion de mort avec l’exécution de Kamal Amzal en 1982, un étudiant
kabyle soucieux d’instaurer un processus démocratique dans l’élection
d’un comité de cité universitaire d’Alger.
Beaucoup de questions
restent sans réponse du fait d’une gestion opaque de toutes les affaires
de la cité. Mais à l’évidence, l’islamisme radical trouve ses terreaux
féconds dans l’idéologie servie par l’école algérienne, les médias
officiels algériens, les haut-parleurs des mosquées algériennes,
certains hommes politiques et religieux algériens et par le
rapprochement inconditionnel de l’Algérie officielle avec les pays du
Golf depuis longtemps imposés comme des pays frères.
Ce tragique
événement touchant un Français invité par des citoyens algériens doit
être l’occasion de repenser fondamentalement la donne politique du pays
et ouvrir des débats sans complaisance sur la nature de l’Etat, sur
l’école, sur la place de la religion, sur la séparation des pouvoirs,
sur la régionalisation, sur les libertés individuelles, etc. C’est à ce
prix que l’Algérie aura des chances d’entrevoir des voies de sortie. En
faire l’impasse, c’est ruiner la cohésion sociale déjà largement mise à
mal et c’est permettre à ces groupes sanguinaires de se régénérer
indéfiniment et de poursuivre impunément leurs forfaitures. Poursuivre
la politique d’usurpation du pouvoir menée jusqu’à maintenant depuis
1962 rejetant avec mépris toute idée d’alternance équivaudrait à dire
pourquoi sortir du gouffre puisqu’on y continue encore notre chute !
En étant le théâtre d’une grave tragédie, la Kabylie est elle-même
otage des idéologies sectaires et violentes prônées par les groupes
intégristes soutenus directement ou indirectement par des factions
politico-religieuses du pays et financées grassement par les monarchies
du Golf. Elle ne peut admettre aucun amalgame quant aux responsabilités
de ce crime et de tant d’autres, elle en est le réceptacle forcé mais
profondément affligé. Mais jusqu’à quand cette situation humiliante
pourra durer, la coupe étant pleine ?!