mercredi, juin 13, 2007

4 juin 2007 : Nouvel album de Idir - "La France des couleurs"

Le chanteur kabyle revient sur la genèse de La France des couleurs, son dernier album où se côtoient Akhenaton, Grand Corps Malade, Leslie, Yannick Noah, Obispo, Wallen, Tryo... Un mélange de sons pour un disque apaisant et engagé

Paroles de chanson :

Je viens de là ou l’on m’aime - Avec Féfé et Leeroy

Clip : http://www.youtube.com/watch?v=_eRc1tHYJw8

Moi je viens de là où l’on m’aime
Je viens des îles, ou des caves, ou des halls
Je viens du sable ou du ghettho

Bienvenue sur cette planète où l’Homme gouverne seul
Où le même fleuve n’abreuve pas toujours le même peuple
Rares sont ceux que l’on blâme pour délit de belle gueule
Mais vous nous faîtes peur imaginez que nos petites filles deviennent beurs
Je viens de là où tout est fait de gaieté de cœur
Malgré les guerres d’aujourd’hui ou d’hier dont on est spectateurs bernés
De la bonne entente je me veux prestataire
Puisqu’à terme toute cette planète demeure mon seul pied à terre

Zriγ ansi d-fruriγ
Azar yettabaa tara
Ras ulac anda ur lhiγ
Ras nudaγ-d akw timura
Ay aγrib ar k-steqsiγ
Wissen n din neγ wissen n da
Ay aγrib ar k-steqsiγ
Wissen n din neγ wissen n da

Je viens de là où crèchent les sales gosses
De la grosse té-ci crade mais ici se faire des soc’s écrase les soucis
Je viens de là où se négocie l’eau
Où faut se sauver sinon crever seul sur le ciment
Je viens de Lagos aussi
De Paname à Lomé, je suis de là où l’on m’aime
Salam, Shalom, Azul ou Amen pour moi c’est la même
Je viens de là où Blacks-Blancs Beurs sont à la même enseigne
Battement cœur à l’unisson chez moi tout le monde saigne

Tedduγ tmeslaγeγ abrid
Akken i gxeddem ssayeh
A wagi i d-id-idefren
Ma tewted-d dg-I lasmah
Ma wteγ-k ar kyeblu Rebbi
S wattan yeblan lerwahh
Ma wteγ kar kyeblu Rebbi
S wattan yeblan lerwahh

Ni patrie, ni couleurs
Je viens de là où le couvert est servi à toute heure
Où l’accueil se fait bras ouverts
Je viens de là où il n’y a pas de portes, pas de barrières ni de poteaux
Où qu’importe l’heure
T’es pas prêt d’importuner
Je viens de là où si t’as pas de tunes, il te reste la bonne humeur
Je viens de là où la fortune se chiffre en rapports humains


Ya Babba - Avec Wallen

Ya babba quelques fois
Je ne sais plus
Je ne sais plus
Je suis perdue à l’autre bout de moi

A yelli inu a tizizwit
Tikli uferug γer tissit
Yelli inu ard a ttifed itij t-tmeddit

Tu sais à quel point mes racines ont mal
Mi kem-id-mmektiγ
Fell-am yergagi weksuml-iw
J’essaie tant bien que mal de trouver ma place
A yelli inu rrebh inu
A ssifa g yij mi la ireqq
A yelli inu ar tesdukled
Tezweγ telqeq

Ya babba que chanterais-je que tu ne saches déjà
Que puis-je guérir
Que tu n’aies déjà souffert avant moi

http://www.lexpress.fr/mag/arts/dossier/videoworld/dossier.asp

Interview - 4 juin 2007
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Afrik : Comment vous présenteriez-vous à une personne qui ne vous connaît pas et vous demanderait ce que vous faites dans la vie ?
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Idir : (Il réfléchit) Je dirais que je fais de la musique. Je dirais que je chante en Kabyle… pas que je fais de la musique kabyle. Peut-être l’était-elle au début mais elle évolue.
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Afrik : La musique est-elle pour vous un métier ou une activité ?
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Idir : (Il réfléchit encore) C’est une activité plus qu’un métier. Je fais un métier qui est venu à moi. Je ne l’ai pas fait par vocation. D’ailleurs je n’en remplis pas les critères. Je suis d’une timidité maladive et c’est tout juste si je ne m’excuse pas d’être là. Alors qu’il faut pousser des portes et s’imposer dans ce métier… Si ça avait été un métier, je n’aurai pas fait que trois albums. J’ai eu la chance inouïe d’avoir fait les chansons qu’il fallait. J’implorais Dieu pour que cela continue, et à 35 ans, j’ai eu la chance que mon téléphone sonne. J’ai fait trois albums qui ont marqué les gens. J’étais où il fallait pour dire ce qu’il fallait. Mais à mon corps défendant, je n’en ai fait que trois. Je suis incapable de prendre un stylo et de me dire : « je vais écrire ». Je crois que c’est pour ça que les gens m’apprécient. Ils ont décelé une cohérence entre le personnage et ce que je fais.
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Afrik : Les thèmes que vous abordez ont évolué depuis vos premiers succès, dans les années 1970. Ils semblent suivre votre parcours et les problématiques de l’immigré que vous êtes…
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Idir : Au début, j’étais un Kabyle. La culture du monde s’arrêtait au bord du village. Ensuite, quand j’ai voulu étudier, j’ai dû aller à Alger. J’ai alors été exilé dans mon propre pays. Nous sommes les enfants de l’indépendance. Tu grandis avec l’idée d’un pays qui a réussi sa révolution, qui est le phare du Tiers-monde, nous recevions les chefs rebelles d’Afrique et d’Amérique latine… Nous étions aussi fiers de cela que nous étions brimés dans notre propre culture maternelle (berbère, ndlr). J’étais obligé de traduire le journal en arabe à ma mère. Fatalement, il fallait une révolte. Ma chanson est venue de là. Si ça n’avait pas été par la musique, cela l’aurait été d’une autre manière. Pas contre quelqu’un mais pour quelque chose. Au départ, mon premier disque était un peu kabylo-kabyle. Le deuxième s’est enrichit de rencontres, d’autres racines. Il était plus musical. Puis il y a eu Identités… J’ai compris au fil du temps qu’il fallait que je formule ce que je charriais. Je suis arrivé à un moment où la France m’a donné ses libertés d’expression, elle m’a accomplit. Je me sentais à l’aise dans cette France des couleurs. Tu n’as pas besoin d’être Français pour construire quelque chose en France (Idir n’a pas la nationalité française, ndlr).
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Afrik : Les questions de l’identité et de l’« intégration » étaient au cœur des présidentielles. Les politiciens français comprennent-ils, selon vous, les enjeux de ces problématiques ?
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Idir : Ils peuvent les comprendre mais n’en font pas souvent l’effort. Ils sont dans une indifférence splendide. Ils me font penser aux Romains qui, lorsqu’ils voulaient un territoire, traçaient un cercle autour. Ils s’enfermaient alors à l’intérieur, dans leur confort, et se faisaient une idée de l’extérieur. Ce confort culturel et cultuel les autorisait à faire des raccourcis du type : « de toute façon ces gens sont comme ça ». Alors comment les hommes politiques pourraient-ils comprendre en 2007 ce qui arrive à leurs concitoyens et ce qui les détruit. Un proverbe kabyle dit : « Il n’y a que celui qui a reçu le coup qui sait comment cela a fait mal et où. » On a souvent dit que le modèle démocratique est le meilleur. Pour moi, c’est le moins pire. Je suis convaincu que la démocratie est d’abord un combat contre une partie de soit. Mais on en est loin. Souvent, les dirigeants établissent des politiques cataplasme, comme en créant un Haut conseil musulman alors qu’il n’y a pas de hiérarchie en Islam. On parle d’Islam français mais il n’existe pas. L’Islam a des qualités indéniables, mais je ne peux pas me placer sur le plan qui consiste à tout prendre, la position de la femme dans la société, la possibilité de prendre quatre épouses... On me dit qu’il faut que je craigne Dieu. Mais pourquoi craindre un Dieu qui doit m’aimer ? Laissez-moi aller dans un autre sens que celui des livres sacrés. Laissons la religion dans ce qu’elle a de mieux, c’est une affaire entre toi et lui. La seule chose qui peut niveler la société est d’aller à l’école, prôner la laïcité. Il s’agit de fédérer, et non d’assimiler, et de là peut-être sortira l’identité française.
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Afrik : Est-il question de l’Algérie dans votre album ?
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Idir : Pas spécialement, mais elle est survolée car l’Algérie fait aussi partie de l’histoire de la France.
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Afrik : Le gouvernement algérien a fait de la langue tamazight une langue nationale, en 2002, mais il a proposé de soumettre la question de son officialisation à un référendum. Qu’en avez-vous pensé ?
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Idir : Tu imagines que je vais accepter de voter pour m’autoriser moi-même à être un Algérien ? La nationalisation avait été un premier pas, mais tant que le pouvoir a le doigt sur la gâchette… Il faut enseigner le tamazight dans toutes les écoles, comme le français et l’arabe. Comme cela se fait en Suisse ou en Belgique avec plusieurs langues.
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Afrik : La communauté kabyle est importante en France. Les candidats aux présidentielles vous ont-ils sollicité, comme ils l’ont fait avec de nombreux artistes ?
Idir : (Il hoche la tête et sourit) Oui. Chez Sarkozy, oui. Et j’ai eu un coup de fil de proches de Ségolène pour assister à un meeting à Charlety. Mais je suis Algérien, alors je suis tenu à un devoir de réserve… Cela aurait été un manque de respect pour les gens qui m’apprécient de m’afficher avec un homme politique.
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Source : http://www.afrik.com/article11855.html

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