"La carte de résidence" est une chanson de Slimane Azem reprise par Mouss et Hakim. Slimane Azem est un poète et chanteur arrivé en 1937 en France, où il est aujourd’hui enterré, sans avoir jamais pu retourner dans son pays en raison de différents avec les autorités algériennes. Interprétée sur un rythme moins enlevé, « Maison Blanche », de el Hasnaoui, arracherait des larmes au premier fonctionnaire qui a piégé un sans-papiers au guichet d’une préfecture. La chanson évoque l’exil massif des Algériens, au lendemain de la seconde guerre mondiale, et les au revoirs douloureux à la Maison blanche, l’aéroport d’Alger.
La carte de résidence (1965 - Slimane Azem) :
D'après ce qu'on nous annonce, ça va dans un bon sens
Faut pas prévoir à l'avance, avant d'avoir la réponse
Avant d'avoir la réponse, au sujet d'la résidence
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Xas ruh ken heni imenik, yella wa&rom di tmurt ik
ef lumur temsalt ik, kulass d'les conférences
Kulass d'les conférences, pour étudier tous les sens
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C'est vraiment bien dommage, le racisme et le chômage
Heureusement qu'il y a des sages, c'est le prestige de la France
C'est le prestige de la France, c'est la raison d'espérance
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Anda tella l'xedma i waren, d'immigré tti t'kavalen
Yarna se'ssouma arxissen, u qarnas "tu as dela chance"
U qarnas "tu as de la chance", imi tes3it la résidence
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Toujours des conversations, le chômage, l'immigration
Après les négociations, on attend qu'on nous annonce
On attend qu'on nous annonce, chaque fois ça recommence
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Ac'hal ayaki i nesbar, f' tmurt a3zizen am le3mar
Ma yella yelzem an safar, ad zran la différence
Ad zran la différence, ma yella ulac la résidence
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Le travail quand il est dur, c'est pour l'immigré bien-sûr
Avec la conscience pure, dévouement et les souffrances
L' Dévouement et les souffrances, ça mérite la récompense
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Nruhed a nexdem cituh, figan a3zizen am arruh
Ma yella illezma& an ruh, il faut subir les conséquences
Il faut subir les conséquences, y'aura plus de réminence
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Après tout ça m'f'ra du bien de retourner chez les miens
Je suis un Africain, le Soleil en permanence
Le Soleil en permanence, pour moi ça a d'l'importance
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Senga truhed yela yitij, di mkul tamurt yets fedjidj
Rebbi dahnin yets faridj, idemna& am3ic d'avance
idemna& am3ic d'avance, jusqu'à la fin d'existence
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C'est avec grande joie, qu'je vais rentrer chez moi
C'est normal chacun chez soi, souvenirs de notre enfance
Souvenirs de notre enfance, avec toutes ces références
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Tu sais bien qu' la Terre est ronde, le Soleil est pour tout l'monde
Il brille à travers les hommes, grâce à la Providence
Grâce à la Providence, qui domine toutes les puissances
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Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, si je dois vous dire adieu
Sachez bien que mes aïeux, ont combattu pour la France
Ont combattu pour la France, bien avant la résidence
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Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, si nous devons vous dire adieu sachez bien que nos aïeux, ont combattu pour la France
Sachez bien que nos aïeux, ont combattu pour la France (bis)
Clin d’œil à Slimane Azem, grand poète Si Muhendien :
Le 28 janvier 1983 disparaissait Slimane Azem figure emblématique de la poésie kabyle chantée du 20ème siècle. Je me suis rendu à Moissac ce jour là avec des chauffeurs de taxi parisiens qui l’adulaient. Il faisait un froid glacial. Beaucoup venaient également du Nord et de l’Est de la France tandis que d’autres arrivaient d’un peu partout, éparpillés qu’ils sont dans l’hexagone. Tous ceux qui l’entouraient là avaient un visage livide où se lisait à la fois rage, tristesse et impuissance. Une inquiétude des lendemains planait dans cette maison du Tarn et Garonne où le poète a vécu ses dernières années avant de s’éteindre.
Ce jour là le monde a basculé pour les kabyles. Je revois Achour Daroul, chauffeur de taxi originaire des Ouadhias (Iwadiyen), les yeux larmoyants, sangloter pudiquement dans le coin, très affecté par la disparition dans l’anonymat du géant de la pensée kabyle contemporaine. Quant aux autorités algériennes et françaises elles ont ignoré avec mépris l’événement qui venait de se produire. Une secousse de forte intensité dans les cœurs de ceux qui, comme le poète, ont vécu les affres de l’exil, du rejet. Indésirables en France et importuns en Algérie, ils ont accouru vers l’homme dont ils ont toujours apprécié la douceur de dire, un homme qui, comme eux, a mené une vie tourmentée, déchirée entre l’ici et l’ailleurs. Un ici bercé d’illusions, empli de souffrances, un ailleurs fait de rêves, de nostalgie et d’espoirs déçus.
La vie de tous se mélangeait à celle, singulière, du poète qui s’inscrit tout au long d’une œuvre considérable dans laquelle le fabuliste, le dramaturge, le philosophe, le comédien, 40 années durant, a raconté son exil, exprimer ses états internes, vidé son cœur. A chaque vers, il nous livre son âme, son moi dans une rêverie sans fin, une imagination féconde qui dévisagent avec pertinence sa société. Une société qui a dû laisser partir les siens vers des rivages inconnus et souvent hostiles, des rivages d’où ont surgi ses envahisseurs des deux siècles passés. Le poète habite un exil sans fin avec les fantasmes, les peurs, la procrastination qu’il suscite : « Lpari tehkem fell-i waqila tesea lehruz. ...di lùerba walfeù dayen ma d ul-iw ibùa tamurt » ! « ul-iw baqi yettxemmim ma ad iqim neù ad iruh... »
D’où venait-il ? Slimane Azem est né en 1918 à Agwni g-geùran dans un petit village au pied du Djurdjura dans la daïra (arrondissement) des Ouadhias.
Agwni, plateau pour désigner cette placette du village qui sert aujourd’hui de lieu de ralliement de ses contribules et lùiran, grottes, ces espèces de cavités dans le rocher où, il n’y a pas si longtemps encore, les villageois y entreposaient leurs denrées périssables et des réserves d’eau pour garder leur fraîcheur. Si l’on veut jouer au second degré avec les mots, on peut imaginer que agwni soit le masculin de tagwnitt (le temps, l’époque, le moment). On obtiendrait donc le temps des grottes, des ratières (daxel uderbuz) comme il se décrit lui-même lorsqu’il travaillait comme aide électricien à la RATP pour creuser les tunnels du métro comme l’ont fait beaucoup de Kabyles avec lui.
J’étais à peine adolescent quand je parcourais cette région d’une exceptionnelle beauté et j’y ai découvert, à ma grande surprise, la culture de cacahuètes. Jusqu’alors j’ignorais que cette arachide poussait comme des pommes de terre dans le sol !
Agwni g-geùran est un lieu de grands espaces pour la vue. De là on domine toute la plaine des ouadhias et de l’autre côté s’étale, imposante, la chaîne montagneuse mythique chantée par toutes les générations de poètes Kabyles comme s’ils y lisaient les traces généalogiques qui manquent tant à leur culture portée pourtant à la valorisation de la transmission transgénérationnelle. Alors lorsqu’on a vécu dans ces lieux lumineux et enchanteurs et dont la précarité économique a forgé un solide sens de solidarité et une grande luxuriance des rapports humains, on comprend ce que peut ressentir le poète acculé à l’exil, loin des siens et contraint de vivre et de travailler dans la promiscuité (deg umitru daxel uderbuz) !
L’exil devient pour l’auteur comme un lieu carcéral. Un piège absolu qui se referme sur le héros et lui révèle sa fragile condition (leebd daeif). Séjour affreux pour Slimane Azem coupé de son pays d’abord par l’irruption violente de la France conquérante dans son environnement puis par la volonté politique cruelle des siens que le hasard et l’usage de la force brutale ont porté au pouvoir.
Le poète a mal. Son pays, son village deviennent un rêve obsessionnel et inaccessible. Captivité et désir de délivrance alternent sans cesse dans les complaintes de l’auteur. On y lit, ou y écoute les accusations contre le sort, la providence, les chefs...Slimane Azem dresse une espèce de tableau clinique : ( aql-i am win ihelken...). L’auteur voit sa vie osciller en un mouvement de balancier et se demande où puiser sa force, où trouver réconfort ? Il échappera au désespoir par l’exploitation d’une verve insondable et le naufragé ( ùerrqeù dayen ) s’agrippe avec ténacité aux idéaux de liberté de son peuple.
Mais slimane Azem n’a pas chanté que l’exil. A l’instar de son mentor Si Muhend u Mhend, il est aussi philosophe (acu i-yexdem yefker), politologue (imqerqer bb-wemdun), psychosociologue (ddebza u ddmeù). Simane azem a également chanté l’amour (kem ukk d nek ; atas i sebreù). Sur ce sujet, nous avons d’ailleurs assisté à la naissance d’un mythe du vivant même du poète. On raconte que si Slimane Azem avait continué de chanter l’amour, plus aucun Kabyle ne se mettrait au travail, ils réserveraient tout leur temps à tayri !! C’est une manière pour l’inconscient collectif de la société Kabyle de classer Slimane Azem comme un grand Si Muhendien !
Alors que l’on célèbre le centenaire de la mort de Si Muhend, ce géant du 19ème siècle, le moment est venu pour nous de nous mobiliser pour honorer la mémoire de Slimane azem, son disciple en imposant sa réhabilitation dans le pays de ses rêves, l’Algérie, la Kabylie ! 23 ans déjà, c’est beaucoup, c’est trop ! Sa réhabilitation peut être un moment de résilience pour son peuple et une façon collective d’empêcher la résurgence de nouveaux drames, déviter que d’autres vies se brisent ! L’horreur vaincue, on pourra enfin s’occuper du beau !
Par Hacène HIRECHE Chargé de cours de langue et de civilisation berbères
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4 commentaires:
Bien que la voix de ceux qui ont souffert et combattu pour la france soit entendu, grâce aux artistes,il a fallu attendre si longtemps pour qu'un film comme Indigènes sorte dans les salles obscures pour plus de lumière! a
Excellente année à toi Tessa ...gros bisous
Emma
TchiiP TChiiP C Aiiinoù Miss Dù 93 à l'appareille Ton Blog £t tr0o L0ng SNIIF B0o Breff C£Tait P0ùr T'£ù Fair 3 Gr0o Biizo=0ùx a++++
Ps: JTDRRR ShàLùù
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