Le rêve de la gazelle.
De Sabrina Azzi :
C’est une histoire qui n’a pas de fin…chaque lecteur y apportera sa touche et en poursuivra le fil d’Ariane.
Qui ne souhaiterait pas fermer les yeux et écouter, tout simplement écouter? Écouter avec le cœur comme nous faisions du temps où nos mères, nos grand-mères intarissables, nous contaient de leur voix douce et rassurante de fabuleuses histoires qui nous ont tant bercés, qui nous ont transportés dans des mondes magiques, des mondes qui ont façonné nos rêves, modelé nos esprits.
Qui ne souhaiterait pas fermer les yeux et écouter, tout simplement écouter? Écouter avec le cœur comme nous faisions du temps où nos mères, nos grand-mères intarissables, nous contaient de leur voix douce et rassurante de fabuleuses histoires qui nous ont tant bercés, qui nous ont transportés dans des mondes magiques, des mondes qui ont façonné nos rêves, modelé nos esprits.
Écouter
de tout notre être pour entrer par la grande porte dans le monde
enchanteur où grouillent des personnages multiples qui hantent notre
imaginaire collectif kabyle : waɣzen (l’ogre), tteryel (l’ogresse),
aɛeqqa yessawalen (le grain magique), tafunast igujilen (la vache des
orphelins)... Communiquer avec le pouvoir guérisseur des mots de notre
langue toujours vivante malgré des siècles d’hostilité.
Écouter, ici et maintenant l’histoire d’une gazelle qui court à
la vitesse de l’éclair pour atteindre l’oasis de ses rêves, l’oasis
magique.
Mais où se trouve donc cette oasis que la gazelle veut
atteindre et comment y parvenir à travers l’immensité du désert dont
l’aridité légendaire fait trembler d’effroi le plus téméraire des
aventuriers ?
Où se trouve ce vent léger et doux qu’on aimerait
tous sentir caresser nos visages, nous inonder de sa fraîcheur quand la
robe ardente de l’astre solaire brûle les airs, assèche la terre et
terrasse hommes et animaux. Tous les jours ce fantasme du vent qui nous
guide dans nos pérégrinations habite les cœurs, fouette les corps,
rafraîchit la peau…
Et la gazelle cherche, renifle, sent, toujours à la recherche de ce souffle qui donne vie et oriente les êtres.
Mais, arrivera-t-elle à l’attraper, à le rencontrer, à l’effleurer, à trouver en lui un guide ?
Elle court, pour le moment elle court, bondissant très haut de ces pattes agiles et pleines d’harmonie…
La chaleur lui cuisait les os mais elle court, têtue comme un être humain.
Le soleil, du haut du ciel bleu, la nargue, la transperce de ses rayons dorés…
Elle court quand même, sûre d’avoir raison de l’atmosphère qui étouffe !
L’air brûle les narines, atteint le larynx, pénètre le corps avec brutalité…
Pour le moment, elle court encore et encore…
C’est que son but est noble pensa –t-elle. L’oasis est loin, très loin mais elle est si prometteuse…
Alors, mue par on ne sait quelle force intérieure, elle se résout à toujours courir sans fin.
Par
intermittence, elle croit apercevoir l’oasis avec sa verte couronne
puis, soudain tout s’évanouit. C’est que les mirages en ces lieux
incandescents lui jouent des tours. Les yeux se brouillent quand la
chaleur redouble de férocité et l’imagination devient féconde.
Peu
lui chaut, elle continue de persévérer et d’avaler des kilomètres et de
croiser divers animaux surpris par cette course effrénée et cette
obstination hors normes…
Un lièvre qui se trouvait là sur son chemin l’interpella et lui dit :
Où vas-tu comme ça dans cette course folle, reine du désert ?
Je cherche l’oasis magique et la brise qui m’y conduira pour y respirer l’air du bonheur.
Chimère ! Ce n’est qu’un vain rêve. Cherche-toi un peu d’ombre et
prémunis-toi contre ce sirocco avant qu’il n’incinère ton joli manteau !
Répond le lièvre.
La gazelle garda le silence et ne répondit point.
Après
quelques instants de réflexion, le temps d’intégrer les paroles du
lièvre, la gazelle s’élance à nouveau dans un bond gracieux qu’elle
seule en a le don de faire.
Fatiguée certes, mais elle court !
Une hyène l’aperçoit de loin et s’en approcha avec respect !
Belle du désert, le soleil est ardent et le vent est brûlant. C’est ta
beauté qui embellit et encense le désert, alors prend soin de toi.
Regarde au loin lui dit la gazelle !
Où ça ? Répondit la grosse hyène d’une voix rauque et caverneuse.
Ferme les yeux et regarde au loin en respirant profondément !
Peut-on regarder en fermant les yeux, s’étonna l’hyène ? Ah oui, sans
doute les effets de cette grande chaleur, pensa t-elle !
Même de très loin je ferme les yeux et je vois, je ressens cet air frais rétorqua la belle…
Ne rêve pas trop, reine du désert, ton oasis, n’est que chimère. Aucun de tes sujets du désert n’en a parlé à ce jour !
La gazelle n’écouta point…Téméraire, elle court…
Voici le chacal bien au fait du rêve de la gazelle qui accourra pour l’aborder.
La belle gazelle essaye de joindre l’oasis magique dit-il ! Je crains
que le vaste désert ne te fasse prisonnière ajouta t-il un peu narquois.
Tu es si belle qu’il te ferait tourner et tourner autour du même point
pour s’abreuver de ta beauté. C’est que le désert est avide des sens,
insista t-il pour la dissuader de poursuivre son chemin périlleux. Belle
gazelle, faut pas trop chercher, fureter et fouiner. Le secret est là
et comme dit saint Exupéry, on ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel
est invisible pour les yeux.
Mais la gazelle le sait : On ne
voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux, en
effet, la vision est dans l’authenticité, l’amour.
Elle sait regarder avec les yeux…
Elle sait admirer, apprécier…
Mais elle n’écouta point, persuadée de l’existence de l’oasis magique.
Alors elle se remit à courir, courir du mieux qu’elle peut…
Au sortir d’une vallée de dunes, brutalement une meute de loups lui barra le passage !
- Gazelle, ou vas-tu en courant par cette chaleur implacable?
- Vers l’oasis magique, je veux trouver l’oasis magique !
-
Cela fait des lustres que nous parcourons ce désert, il n’y a pas
d’oasis magique, belle gazelle ! Rentre chez toi…Ta famille, tes amis
t’attendent et le désert est menaçant, il peut t’emporter, t’ensevelir
dans ses milliards de grains chauds !
- C’est vrai, j’ai tout
laissé derrière mais je ne rentrerai qu’une fois l’oasis magique
atteinte. Personne n’a voulu m’accompagner car aucune gazelle ne croit
pas à son existence.
- Sublime reine, nous sommes fiers de ta
beauté, de ton intelligence et de ta jeunesse ! Viens avec nous, tu
seras notre invitée de marque ce soir ! Tu te reposeras et demain matin à
l’aube, à l’heure où surgit la fraîcheur, nous ferons tout pour
t’aider…Lui dit le chef des loups, les yeux étincelants.
-
Pourquoi ces loups veulent-ils m’aider ? Pourquoi m’invitent-ils chez
eux ? Depuis quand le loup est l’ami de l’antilope ? pensa t-elle. Cette
offre la troubla au plus profond de son être. Soudain elle se sent
vulnérable.
- Charmante gazelle, écoute-nous bien, juste cette
nuit…demain matin, tu seras plus en forme et tu reprendras ton chemin.
Tu es notre reine et nous te voulons du bien.
Elle réfléchit et
prit la mesure de sa fatigue. Reprendre sa marche forcée serait encore
plus éprouvant que de se retrouver au sein de la meute.
C’est
vrai, je suis morte de fatigue, une nuit de sommeil me fera du bien et
ces loups, n’ont pas l’air d’avoir faim et n’ont pas l’air d’être
méchant, ils se montrent respectueux et généreux…
La gazelle à moitié rassurée, suivit les loups dans leur tanière…
L’un
d’un d’eux, ne pouvant tenir son envie de croquer la gazelle n’arrêta
pas de saliver… Il s’approcha d’elle et sortit tous ses crocs.
Dans
un élan salvateur, la gazelle bondit avec force et prit la fuite à la
vitesse de l’éclair dont elle seule détient le secret.
Les loups, en meute, la suivirent, avides de la rattraper.
Mais la gazelle de bonds en bonds s’éloigna dans un grand nuage de poussière et disparut à l’horizon.
Les loups, épuisés, rebroussèrent chemin la queue entre les jambes.
La gazelle poursuivit sa course convaincue d’atteindre son but.
Un scorpion à la mine toute gentille lui fait signe pour ralentir sa chevauchée et l’aborda avec une tendresse inattendue.
- Bonjour reine du désert, où vas-tu comme ça sous cette chaleur cuisante ?
- Je cherche l’oasis magique…répondit-elle en courant.
-
Ah, quelle coïncidence ? Moi aussi, je la cherche sauf qu’avec ma
faible allure, je ne suis pas sur de pouvoir l’atteindre, je mourrai
peut-être au milieu du chemin…Tu sais, reine du désert, c’est le seul
rêve qui me fait vivre aussi, un rêve ou plutôt une chimère car avec mon
rythme…
La tendre gazelle, s’arrêta un moment et pensa :
Je pourrai l’emmener avec moi mais …c’est un scorpion, il pourra me
faire dormir du dernier sommeil avec son venin. Non, après tout, il
s’accrochera sur l’une de mes cornes et il ne pourra rien me
faire…aidons-le!
Avec des yeux doux et compatissants, la gazelle
regarda le scorpion se faisant tout petit et inoffensif. Elle finit par
baisser la tête et lui tendre l’une de ses cornes…
Elle reprit son chemin. Elle court, elle court… le scorpion agrippé à sa corne.
Au
bout d’un certain temps, le scorpion descendit petit à petit…Il
atteignit la tête de la gazelle et la tâtonna pour s’assurer de son
positionnement. Mais la gazelle sentit sa présence et le jeta
violemment…Mais en tombant, le scorpion put s’accrocher à sa patte et la
piqua de tout son dard…La gazelle cria de douleur et d’amertume… De
grosses larmes coulèrent de ses grands, beaux yeux attristés. La gazelle
ne put s’empêcher de pleurer, la piqûre lui faisait mal. Mais ce qui
lui fit encore plus mal c’est la trahison de ce scorpion. Alors qu’il
affichait gentillesse et amitié, il a finit par lui inoculer son venin
terrassant.
Les beaux yeux de la gazelle s’éteignirent de
tristesse. Des larmes chaudes n’en finissent pas de couler. Mais ce mal
ne devait pas la détourner de son but. Elle devait reprendre courage.
Les
yeux en pleurs et le mal la tiraillant de partout elle se concentra
dans une énergie sans pareille et s’élança à la vitesse dépassant
l’éclair. L’âme prise d’amertume, elle ferma les yeux et fonça à nouveau
droit dans le désert. Elle court en pensant au troupeau d’antilopes qui
n’a pas cru en son rêve et l’a laissée affronter, seule, les affres du
désert. Quoiqu’elle fasse, le troupeau la guette de loin et attend son
retour.
La gazelle continua ainsi des jours, des semaines et
finit par atteindre l’oasis magique par une belle nuit étoilée dont la
lumière inonde la terre. Elle respira longtemps et profondément. L’air
pur, l’eau jaillissant de multiples sources, les palmiers chargés de
fruits, tous ces bienfaits de la nature autour d’elle la grisait de
bonheur. Elle bondissait de joie et rua de plaisir. Elle avait raison de
croire en son destin.
Elle repensa aux terribles péripéties qui
ont failli entraver son chemin et malgré cela, elle n’a pas renié sa
race. Elle n’a pas oublié l’endroit qui l’a vu naître et grandir. Elle
n’a pas oublié le chemin qu’elle a suivi comme elle n’a pas oublié ceux
qui ont tenté de lui barrer la route.
Ce soir là, ce fût la
pleine lune. Elle admira goulûment l’astre nocturne jusqu’à oublier les
étoiles qui la couronnent ! Elle passa des moments enchanteurs et se
résout à rejoindre à nouveau les siens, tournant les pages qui
chagrinent…Mais malgré une description passionnée des lieux aucun des
siens ne crut vraiment à l’existence de l’oasis magique ! La gazelle se
mit alors à échafauder d’autres plans…
Source : http://kabyle.com/articles/le-reve-de-la-gazelle-22351-16102013
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