Philosophes du socialisme naissant, fondateurs des premiers groupes anarchistes, Proudhon, Bakounine et Kropotkine furent des révolutionnaires déterminés, comme le montrent les biographies présentées dans ce livre. Authentiques penseurs et hommes d'action, ils ont joué chacun en leur temps un rôle éminent dans l'organisation des luttes internationales contre l'oppression religieuse, la dictature politique et l'exploitation économique.
Réunis par thèmes pour la première fois, 140 textes de ces trois auteurs peuvent être lus comme les éléments à la fois originaux et complémentaires d'une pensée philosophique et politique solidement construite.
Redonner à lire, en ce début de XXIe siècle, la cohérence et la radicalité de la réflexion des fondateurs du communisme libertaire ; recréer les conditions d'un dialogue constructif entre tous les courants désireux de rassembler leurs forces pour construire une alternative crédible au capitalisme contemporain ; tels sont les objectifs théoriques et pratiques de cet ouvrage.
Textes choisis et présentés par Philippe et Michael Paraire
Extrait du livre :
Ce n'est pas parmi les prisonniers d'opinion que l'on trouvera les plus ardents soutiens de l'État fort. Quand on est persécuté pour ses idées ou son action politique, pour quelques lignes dans une brochure, pour la rédaction d'une affiche ou quelques phrases prononcées en public, quand on est dénoncé à la police par les partis religieux ou jeté au cachot pour avoir participé à un comité rebelle à l'occasion d'une révolution manquée, on ne peut aimer l'ordre étatique et clérical qui sert de rempart à la domination des riches sur les pauvres.
À eux trois, Proudhon, Bakounine et Kropotkine totalisent dix-sept années d'emprisonnement, dont onze de réclusion dans les cellules d'une forteresse militaire, sept ans d'assignation à résidence, soixante-dix ans d'exil volontaire à l'étranger pour raison de sécurité ; de très longues périodes d'existence clandestine sous de fausses identités ; une tentative d'assassinat par les services spéciaux de la police du tsar.
Mais les penseurs libertaires étaient d'authentiques révolutionnaires bien avant d'être persécutés ; l'emprisonnement, les dangers inhérents à la vie militante de leur époque n'ont fait que vérifier à leurs propres yeux la justesse de leurs analyses. Ce n'est donc pas exclusivement dans leur expérience personnelle qu'il faut chercher les raisons de leur engagement, pas plus que l'origine de leur théorie. Matérialistes par choix philosophique ou agnostiques déterminés, ennemis naturels, de ce fait, de la foi religieuse autant que de ses manifestations institutionnelles, ils étaient hostiles à toutes les formes hiérarchiques et inégalitaires de l'organisation des sociétés humaines. Proudhon, Bakounine et Kropotkine, irréductibles détracteurs de la concentration des pouvoirs autant que de celle des richesses produites par le travail de tous, ont construit au XIXe siècle, dans des circonstances périlleuses au plan pratique et difficiles au plan théorique, un système complet d'explication du monde, une authentique idéologie libératrice et combattante : description économique sérieuse de l'essor du capitalisme qui se développait sous leurs yeux, réflexion sur la responsabilité de la religion dans la perpétuation du système de domination, dénonciation de l'omnipotence de l'État étayée sur une conception très argumentée de l'histoire sociale, philosophie pragmatique et matérialiste, résolument progressiste, appuyée sur les découvertes les plus récentes des sciences de la nature, vision morale des rapports humains à reconstruire et analyse originale de la place à accorder à la science dans la future société communiste libertaire.

1 commentaire:
mais l'idéalisme et l'humanisme ont-ils encore leurs lettres dans notre société nullissisme?a
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