lundi, septembre 14, 2009

Le témoignage de Khelifa

A l'approche de la rive nord africaine, une tache blanche commence à apparaître, et quelle blancheur ? Alger la blanche, au tournant avant l’atterrissage on aperçoit Alger la brune, et quelle brune ? Une Blanche dans une brume de nuages de pollution. C’est le récit du début…

En route vers la Kabylie, le bastion, l’îlot, la fleur des montagnes, des villages comme des perles sur les chaînes de Djurdjura et des Babur. Guy de Maupassant disait « une incomparable route au milieu des forêts kabyles, qui suit la mer en dominant de deux cents mètres, et serpente selon des festons de la haute montagne jusqu’à ce merveilleux golfe de Bougie aussi beau que celui de Naples, que celui d’Ajaccio et que celui de Douarnenez, les plus admirables que je connaisse ». Et comment ne pas émerveiller devant ce spectacle que la nature offre devant les yeux du visiteur.

A la ville de Bougie « Bgayet », la tache blanche sur le flan vert de la montagne de Gouraya, on est surpris par la vivacité de la cité, mais aussi par un accablement pesant devant la vue de l’état des rues et des trottoirs. Le chemin vers la ville d’Aokas, une ville serrée entre une plage de sable à l’allure tranquille et une montagne qui s’élève sans arrogance. A l’entrée de la ville, une porte de vous accueille, une porte tranchée dans la pierre, une porte dans Yemma Tadrart la montagne. Je vais devoir m’arrêter pour une pause et faire une remarque assez intéressante : Yemma Gouraya, Yemma Tadrart , « Yemma » en Kabyle veut dire Mère. Ces noms rappellent sans cesse des lieux comme « notre dame d’Afrique » à Alger, « notre dame de la sauvegarde » à Marseille et combien d’autres ? En dehors de la consistance religieuse actuelle, il est certain que ces endroits étaient des endroits où les gens rêvaient l’avenir, l’espoir, le bien-être de l’esprit et sans doute la paix. Delphes en Grèce en était un exemple des plus documentés. L’oubli a achevé ce que la main humaine n’a pas détruit.

Revenant à la porte de pierre naturelle, à l’intérieur de la tranchée, une grotte appelée souvent « la grotte féerique » une œuvre de la nature extraordinaire, un spectacle de la nature qui a pris des millions d’années pour achever sa réalisation. La grotte a été découverte en 1963 durant le chantier du tunnel sous Yemma Tadrart, la merveille ne peut se visiter qu’en partie par souci de sauvegarde et par le manque de moyens d’aménagement du site. Au visiteur qui entre à l’intérieur, il aura tout le plaisir d’admirer des spéléothèmes, en outre les stalagmites et les stalactites. Des bouts de doigts qui se rejoignent, après tant d’année, une pure méditation sur l’amour, la rencontre entre deux choses unies à la fin jusqu'à leurs disparitions, une rencontre par les forces naturelles. Combien la nature est belle ! Hélas ces spectacles naturels risquèrent de disparaître à jamais, car la pollution causée par les émanations des véhicules en circulation dans le tunnel pénètrent à l’intérieur de la grotte magique par des fissures. De plus avec la buée humide, un environnement acide se crée et risque de détruire à petit feu l’œuvre qui n’est pas en chair et en os mais en calcaire. Le chemin vers la petite hauteur de Yemma Tadrart permet de bien apprécier le paysage, en face, la ville d’Aokas avec son immense plage de galets et de sable, juste sur le côté, Yemma Gouraya qui abrite Bgayet « Bougie ».

Il est possible de s’arrêter dans cette ville pour boire une bière fraîche et déguster un plat de poisson avant de faire demi-tour vers Bgayet ou décider d’avancer plus loin vers la Corniche Kabyle où le spectacle redouble de ferveur…
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Khelifa, Heidelberg, 13 sept. 09

1 commentaire:

Anonyme a dit…

un grand merci à Khelifa d'Heidelberg, une ville, que ,je porte dans mon coeur! le texte est poétique, magnifique!!a

 
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