jeudi, décembre 28, 2006

En hommage à Matoub Lounes...


Matoub est né le 24 Janvier 1956 à Taourirt Moussa - Tizi Ouzou . Il a débuté sa carrière professionnelle en 1978 par l'enregistrement de son premier album "Izem" chez Agraw édition dirigée à l'époque par le chanteur Idir.

Son œuvre se compose pour l'essentiel de chansons engagées à la cause identitaire amazighe et aux valeurs démocratiques. Chaque chanson touche à une plaie dans la politique ségrégative de la junte arabo-islamiste au pouvoir. Défenseur farouche de la culture amazighe Matoub n'a jamais hésité à manifester sa rébellion face aux thèses des intégristes et à dénoncer la politique d'arabisation forcée de l'école, de l'administration et des médias publics.

Pionnier du Mouvement Culturel Amazigh et principal animateur du Printemps
Berbère en octobre 1980, plusieurs fois interdit de rentrer en Algérie , souvent arrêté et relâché par la sécurité militaire Matoub a été grièvement blessé par cinq balles à un barrage de gendarmerie parce qu'il transportait des tracts appelant la population à la vigilance.

Le 25 Septembre 1994 ,juste après la quatrième semaine de la grève des écoliers dite la grève "des cartables" Matoub fut enlevé et détenu pendant deux semaines par un groupe armé islamiste . Il sera libéré le 10 octobre suite à la solidarité et la mobilisation de toute la Kabylie .

Le 18 Janvier Matoub publie en France "Rebelle" récit de son enlèvement et donne un double récital au Zénith le 28 Janvier 1995.

Quatre ans plus tard , le 25 Juin 1998 le chanteur a été assassiné par les ennemis de la Démocratie et de la culture amazighe.

Le 28 Juin , plusieurs milliers de personnes ont assisté à l'enterrement du poète devant sa maison dans son village natal .

Vidéos recueillies sur "la Toile" :

http://video.google.fr/videoplay?docid=-6524325767601046398&q=matoub

http://video.google.fr/videoplay?docid=612045503985950907&q=matoub

Témoignage recueilli sur "la Toile" :

Son éternel ennemi, c’était le totalitarisme qu’il soit politique, culturel ou religieux. "Homme libre" était le qualificatif, qu’il revendiquait au plus haut point.

C'est bien plus qu'un chanteur et un poète pour les Imazighens. Il n'est pas exagéré de dire qu'il était le porte-parole de tout un peuple. Tant par sa défense de la culture amazighe, que par la qualité de sa musique et de ses textes, son oeuvre est unique.

Matoub Lounés est née le 24 janvier 1956, à Taourirt Moussa, près des At Douala, en Kabylie. Dès l'adolescence, il compose des chansons. L'école algérienne ne lui plait pas et rapidement, il devient autodidacte.

L'homme lui-même est plein de contraste : écorché vif, il a aussi un coté "tête brûlée", volontiers provocateur. Ceux qui l'ont connu donnent tous le même portrait de lui : un homme difficile à vivre, mais en même temps d'une lucidité formidable et d'une grande humanité.

Sa carrière commence en 1978. D'abord, il se produit dans des cafés du 18éme arrondissement de Paris, et interprète de la musique populaire et des airs traditionnels kabyles. Sa voix et son jeu de mandole ne tardent pas à le faire remarquer. Il enregistre un premier album, Ayizem (Oh le lion).

Ses textes sont clairement revendicatifs : la défense de la culture amazighe occupe une place centrale. Il dénonce la dictature et l'islamisme montant en Algérie. Il est fermement opposé à la politique d'arabisation. Il accepte de parler le tamazight et le français, mais il refuse de parler l'arabe. C'est un ardent partisan de la laïcité et de la démocratie, qui se fait le porte-parole des laissés pour compte et des femmes.

Ses textes lui valent très vite une interdiction à la radio et à la télévision algérienne, et son engagement l'éloge de l'écrivain KATEB Yacine.

Dès le début de sa carrière musicale Matoub Lounés a aussi montrer une intégrité totale. Il estime que son inspiration lui vient du peuple Kabyle. Aussi lorsqu'il donne des concerts en Algérie, c'est à titre gratuit, dans certains cas pour des oeuvres humanitaires. Il ne saurait être question pour lui de de recevoir la moindre somme d'argent lorsqu'il se produit en Algérie.

En 1980, lors du printemps amazighe, il est en Kabylie à Tizi Ouzou au côté des manifestants. Sa popularité va croissante et en 1983, il se produit pour la première fois à l'Olympia. Il enregistre alors "Aurifur", disque qui sera le premier d'une grande série de succès.

En 1988, lors des manifestations en Kabylie, il distribue des tracts appelant au calme à Alger, en compagnie d'étudiants. Au cours d'une manifestation à Alger, le 9 octobre 1988, il est pris en chasse par la gendarmerie et après une course poursuite, un gendarme tire sur lui à bout portant. Il est atteint de huit balles de Kalachnikov. Il n'en sortira que dans des circonstances miraculeuses, et tout indique que le pouvoir voulait déjà l'éliminer.

Les séjours à l'hôpital, pour des opérations chirurgicales, se succèdent. Il doit aussi subir un traitement médical pénible, qui durera toute sa vie. Mais il n'était pas homme à s'appesantir sur ses souffrances.

Il sort alors l'album "L'ironie du sort", douloureux mais refusant le désespoir. Il multiplie les séjours en Algérie.

"Même s’ils me tuent, ils ne pourront pas me faire taire"

Matoub Lounés ne ratera jamais la célébration du 20 avril, anniversaire du printemps amazigh. Son militantisme est sans défaut : il multiplie les interventions contre la dictature en Algérie, et se moque ouvertement de l'islamisme montant, ce qui lui attire de nombreux ennemis.

Le 6 août 1990, suite à un banal différent avec un voisin, il est convoqué par les gendarmes. Dès son arrivée à la gendarmerie, où il se rend de son plein gré, le voisin et son père l'insultent, le frappent durement et finalement le poignardent. Les gendarmes, indifférents, les laissent faire.

Il est hospitalisé et les médecins déclarent que ses blessures ne sont que superficielles. Pourtant, dans la nuit, il est pris de douleurs et de vomissements. Il est ensuite rapatrié d'urgence dans un hôpital parisien. En fait, il est atteint d'une blessure grave à l'intestin, qui lui vaut une longue hospitalisation. Sa chambre se transforme alors, en une véritable chapelle, très entouré, par sa famille et ses admirateurs.

L'actrice Isabelle Adjani, alors au sommet de sa carrière, lui apporte son soutien.

Cet incident, aggrave son état de santé, qui déjà n'était pas très bon. Pourtant Matoub Lounés ne renonce pas à ses engagements.

Enregistrements en studio et tournées se poursuivent. Il ne s'accorde que très peu de repos.

Le 25 septembre 1994, il est enlevé par le GIA (Groupe Islamique Armé), le guet-apens est revendiqué par le redoutable groupe d'Hassan Attab, connu comme particulièrement sanguinaire. Sa détention se fait dans des conditions épouvantables. Il sera condamné à mort, Après un simulacre de procès, d'un "tribunal islamique".

Pendant quinze jours, il avait connu l’angoisse de l’isolement, la menace permanente de l’exécution. Il ignorait que dehors, en Kabylie, dans toute l’Algérie, dans l’émigration, tout le peuple kabyle se mobilisait pour sa libération. Elle entraîne une véritable révolte en Kabylie. Face à l'impuissance du pouvoir à retrouver l'artiste, la population se charge de cette tâche. Au bout de deux semaines, le GIA est contraint de le libérer.

Celle-ci, le 10 octobre 1994, fut une première victoire remportée sur l’intégrisme.

A la suite Matoub, déclarera : "Puisqu'ils n'ont pas réussi à me briser en quinze jours de captivité, je leur prouverai, nous leur prouverons, que nous sommes plus forts qu'eux. Rien ne pourra nous arrêter. Notre combat est juste et noble. Nous ne laisserons personne nous abattre. J'en fais le serment".

Moins de deux semaines après, il était à Paris, défilant de la République à la Bastille. Il trouvait cela "normal !". "Je suis là pour appeler à la résistance, disait-il alors. Je continuerai à me battre."

S'ouvre alors une période de travail intense, comme s'il savait que le temps lui était compté. Il tourne et enregistre avec une énergie impressionnante.

Il racontera ensuite sa captivité dans un livre intitulé "Rebelle". Dans ce texte poignant, il appelle symboliquement à la lutte armée contre les extrêmistes islamistes.

Dans une interview réalisée par Zoé Lin après la sortie de "Rebelle", il expliquait qu’il n’était pas un politique et que seules , la force des choses et la tragédie vécue par son peuple, l’avait conduit à s’engager, parce qu’il était un démocrate, un laïc et qu’il refusait de voir son pays transformé en république islamique : "Je n’ai pas choisi d’être transporté dans cette situation : je ne suis qu’un simple chanteur... Mais je suis un enfant du peuple. Je sais qu’il faut résister."

Il alterne des séjours en France et en Kabylie. Il refuse tout garde du corps, malgré les menaces qui s'intensifient. Ses nombreux amis lui déconseillent d'y retourner, mais il ne les écoute pas. Son militantisme Amazigh, est pour lui plus important que sa vie.

Et comme on lui citait la phrase célèbre de Tahar Djaout, premier journaliste et homme de théâtre assassiné par les islamistes : ("Si tu te tais tu meurs, si tu parles tu meurs, alors parles, et meurs"), il répondait : "Je veux parler et ne pas mourir. Je veux vivre." Mais, confiait-il à ses amis: "Même s’ils me tuent, ils ne pourront pas me faire taire".

Fin juin 1988, Matoub Lounés retourne en Algérie. Le 25 juin 1998, sur une route de Kabylie, alors qu'il se dirige vers son village natal, il est assassiné. Il n'avait que 42 ans.

Ce meurtre a été préparé méticuleusement. Sa voiture criblée de balles, son épouse, Malika, est grièvement blessée.

D'abord sonnée, par l'annonce de cet assassinat, la population kabyle se révolte : il s'en suivra trois jours d'émeutes.

Pour les autorités algériennes, il a été perpétré par des intégristes islamistes. Pour sa famille, dont sa veuve Malika, il est le fait d'hommes de main, commandités par l'armée algérienne. La situation est tellement obscure que le procès, qui n'a lieu que trois ans plus tard, est ajourné.

De nombreuses versions de cet assassinat ont été données, mais aucune n'est cohérente. Si on ne peut totalement exclure, la participation d'intégristes islamistes, un doute subsiste sur l'attitude des autorités algériennes, dont on peut se demander, si elles ne sont pas complices. Le principal suspect, un extrémiste islamiste, a été innocenté auparavant et l'instruction bâclée. Trois autres islamistes, supposés complices ont été tués par l'armée algérienne entre temps.

Des témoins ont affirmé que des militaires, ont été vus à proximité du lieu de l'assassinat.

Ce meurtre intervient dans des circonstances politiques particulières : le gouvernement algérien édicte alors une loi imposant la langue arabe littéraire comme officielle, à l'exclusion de toute autre et notamment du Tamazight.

Cette loi ne pouvait qu'entraîner une révolte en Kabylie, et l'assassinat de Matoub Lounés, tombe comme un terrible avertissement. Il semble aussi que cet attentat, visait à déstabiliser le président algérien, Liamine Zéroual, qui sera assez vite contraint de quitter le pouvoir. L'armée algérienne avait semble-t-il intérêt à cette déstabilisation.

Aujourd'hui, sa tombe est devenue un lieu de pèlerinage et lors des manifestations, les imazighens brandissent son portrait, se revendiquant de son message. On a rarement entendu un artiste s'exprimer avec tant de force, contre l'oppression et l'injustice.

Comme, il aimait à le dire à ses amis "Même s’ils me tuent, ils ne pourront pas me faire taire".


Entretien avec Matoub Lounès (avril 2003):

Lounès MATOUB est né le 24 janvier 1956 en Kabylie. A 9 ans, il fabriqua sa première guitare avec un bidon vide. Il publie son premier album en 1978. Criblé de balles par un gendarme en 1988, enlevé par les islamistes en 1994 et libéré par un gigantesque mouvement populaire, il était le chanteur le plus populaire de Kabylie. Il a été assassiné le le 25 juin 1998, en Algérie, dans dans des conditions non élucidées, vraisemblablement par des milieux proches du pouvoir.Son œuvre riche de 36 albums traite les thèmes les plus variés : la revendication berbère, les libertés démocratiques, l’intégrisme, l’amour, l’exil, la mémoire, l’histoire, la paix, les droits de l’Homme, les problèmes de l’existence ...


- M.L : Enfant du peuple je suis, enfant du peuple je resterai. Certes, comme tout un chacun, j’ai mûri, et la popularité m’a sans doute fait prendre davantage conscience de mes responsabilités. Car, plus vous étés connus, plus vous avez des responsabilités.
Je me dois d’être fidèle à moi-même. C’est que, profondément, mon personnage est resté le même. J’essaie d’être un homme honnête, peu apte aux compromissions. Je veux aller jusqu’au bout de moi-même, sans tricherie, sans concessions. Je sais encore dire non. Alors qu’il y a tant de béni-oui-oui, qui à force de dire oui, ont perdu leur "non".Je ne veux pas flouer mes admirateurs en leur promettant des lendemains qui chantent, en sachant pertinemment que le monde meilleur dont on annonçait tranquillement la venue s’éloigne de plus en plus. Gagner par une telle voie ne m’intéresse pas. Je risque de me perdre ou, pis encore, de couler dans la facilité. Je veux rester tel que je suis, sans verser dans la moindre concession commerciale. Et pourtant, actuellement, l’artistique est bien souvent obligé de se plier au veto du commercial. Poète d’indiscipline, insurgé, je n’ai jamais mis un poil de brosse dans mes poèmes et chansons. Jamais. Les mots caisse d’épargne et les mots -Email Diamant sont bannis de mon répertoire. Je suis sans cesse en lutte contre ce qui me paraît mauvais et détestable. Je me sers de l’amour pour fustiger ce que le monde des hommes a de laid et d’odieux. Pour me révolter contre la veulerie et la duperie, dénoncer l’imposture aux mille visages.
Ma poésie est à tout instant une remise en cause, un prétexte à protestation contre les injustices, les abus, les tabous, etc.

-"Tu dois avoir pas mal d’ennemis ?"

- Mes ennemis sont les tyrans, les oppresseurs quels qu’ils soient, les lâches, les veules, les hypocrites, et surtout les "parachutés" (.. Je n’aime pas les nouveaux riches plus attachés à leurs biens, à leurs privilèges, qu’à leur pays. Le soleil se lève tous les jours pour chaque citoyen(ne). Heureusement qu’il n’est pas importé à coups de devises, sinon il ne brillerait que pour une classe donnée.

-"Quels sont tes rapports avec les journalistes algériens ?"

- Ambigus. Mi-figue mi-raisin. Si on ne m’accorde pas beaucoup d’entretiens, c’est parce que je refuse toute concession dans l’expression de mes opinions. On n’a rien à me reprocher. Sinon d’avoir un franc -parler. Et de ne pas être un béni oui - oui. Je ne suis pas l’homme des concessions. Je ne triche pas avec ma nature. Je m’affirme sans gêne aucune, en parfait dédain des convenances. J’aurais pu me pousser dans le monde et monnayer ma popularité, voire ma célébrité. Je ne l’ai jamais fait. Car je ne suis d’aucun pouvoir le dévoué serviteur. A travers RadioTrottoir interposé, certains journalistes (arabophones surtout) ont essayé de me présenter sous un éclairage peu flatteur, de me coller une réputation de raciste, de violent, d’ennemi public n°1, de voyou sans foi ni loi.
Ils ont fait de moi le familier des prostituées et des truands. Ils ont inventé, pour me salir, des légendes scabreuses.Dans les rédactions algériennes, on me discute longuement. J’étonne et j’inquiète.
Certains journalistes (critiques de variétés) ont de quoi me rendre circonspect. Pour des raisons qu’on devinera aisément, je me méfie de certains d’entre eux.
Plusieurs rédacteurs en chef ou directeurs de rédaction coupent cyniquement, dans des articles, tout ce qui se rapporte (de positif) à moi.
A part quelques articles élogieux (parus après octobre 88, il faut le souligner), les journalistes algériens de la culturelle m’ont ostensiblement, pour une raison de censure ou autres, dédaigné, et tout cela à cause de mes audaces de vocabulaire, la franchise et la précision des images, le caractère même des réponses et des sujets traités. Ignorant les interdictions, dédaignant les menaces, j’ai continué de composer et de chanter, quand même, envers et contre tous. C’est par la suite que j’ai appris que tout honneur est source de contraintes.
-
- "Que signifie pour toi le fait de chanter en tamazight ?"

- En tant que chanteur, je suis le représentant d’une vision et d’une expression personnelle du monde qui m’entoure et de moi-même.
Je ne veux pas mourir pour un héritage que je n’aurais pas assumé.
Je revendique le fait d’être chez moi dans ma tête et dans mes mots et de vivre comme je le sens.
C’est la raison pour laquelle j’utilise la langue amazighe pour brasser des émotions qui n’appartiennent qu’à nous parce que voir le monde à travers des yeux arabes du fond d’une âme berbère entraîne la mort. Et mon problème est que depuis l’indépendance, nous avons été honnis, bannis, écrasés, spoliés, chassés, traqués, arabisés de force au nom d’une idéologie arabo-islamiste qui est devenue officielle au lendemain de l’indépendance.
Cela dit, pour moi le public auquel je m’adresse possède un inconscient collectif qu’il s’agit de réveiller. Je veux lui faire retrouver une identité qu’il pensait avoir perdue. La langue que parle mon peuple, perfectionnée et enrichie par des siècles d’oppression coloniale et raciste, offre sur l’Algérie un angle de vision unique.

- "Que représente pour toi la culture amazighe ?"

- Qui ne sait rien de son passé ne sait rien de son avenir. Le but n’est pas, ne peut être, de revenir à un mythique age d’or du passé.
La culture amazighe, c’est une question de civilisation et l’avenir de notre pays se jouera peut-être dessus.
A travers la prise de conscience de mon identité, j’ai découvert le génocide culturel et le viol linguistique subis par les miens.
J’ai aussi découvert toute une culture méprisée, humiliée, déclassée, exclue des deux écrans (le grand et le petit), interdite de colonne et de séjour.
Un sujet dont on ne parlait qu’à mi-voix. On est dans une situation pire que celle des Bretons, des Occitans, des Corses, des Kurdes, des Arméniens et des Indiens.
Impossible que soient toujours vainqueurs les plus corrompus et les plus honnis par l’histoire !
Et c’est pourquoi nous refusons d’être les nègres blancs, les indiens, le tiers-monde du pouvoir.
Nous refusons d’être bougnoulisés, quoi ! Il reste fort à faire pour préserver ce pays paisible et lui épargner les fléaux de la violence et de l’intolérance.
Tout est encore possible, il faut seulement prendre des risques avec sa vie pour préparer des lendemains meilleurs. Je me défends donc je suis.
On veut tout leur faire oublier, aux imazighen : Leur identité, leur langue, leur culture.
Ils se trouvent rangés dans une catégorie mineure de citoyens ; pire, ils n’existent pas en tant que tels, hormis pour le service national et comme force de travail.
Et quand ce n’est pas un gros bonnet de la nomenklatura locale ou un officier supérieur de l’ex Sécurité militaire qui leur cherche midi à quatorze heures alors qu’il est dix heures, c’est un wali qui grignote leurs terres ancestrales à coups d’édits et de décrets d’utilité publique et sans indemnisation ou si peu, tellement peu que les indemnisés n’en veulent pas.
A ces représentants du pouvoir, je dénie le droit de débarquer en Kabylie en conquérants. Je rejette leur tutelle. Ce peuple à qui l’on a volé l’âme refuse d’être un peuple rampant.
Il refuse aussi de perpétuer l’état colonial dans lequel les pouvoirs en place ont voulu tenir les deux Kabylie qui n’ont d’intérêt pour eux que lorsque nos frontières sont menacées. Ils ne nous auront pas. Tu peux leur dire qu’il ne faudra plus compter sur la jeunesse Amazighe pour aller au casse-pipe.

- "Est-il vrai que MATOUB est raciste envers les Arabes ?"

- Fais-moi pas rire. C’est un jugement volontairement faux et un brin raciste, mais qui trahit bien le malentendu qui a toujours existé entre mes détracteurs et moi. Il y a une incompréhension totale qui me gêne car le public a rarement les données globales et objectives en main. Tout est politique et nous sommes bien ici en pleine politique. Je suis responsable de mes actes et la vérité se fait sur ce que je chante. Comment peut-on être raciste quand on a toute sa vie souffert du racisme ! J’ai trop souffert du racisme, de leur racisme, pour accepter à mon tour d’être raciste.
-
- "Quelle est ta véritable culture ?"

Ma seule véritable culture est celle que je me suis trouvée en Kabylie puisqu’on sait que "l’oiseau ne chante bien que dans son arbre généalogique". La vie de mon peuple contient la somme de l’expérience des hommes. D’où le rapport charnel que j’ai avec ma terre natale, mes racines. La culture amazighe est, pour chaque Imazighen, la pierre de touche de son identité.
C’est pourquoi je recrée chaque fois que je chante mon peuple. Je dépoussière ses histoires, ses contes, j’enrichis ses chants, préserve sa langue et ses valeurs, parce que tout cela m’a façonné et que si ce n’est pas moi qui le fais, qui le fera ?
Tout enfant, j’avais fait cette pénible découverte : je n’avais pas le droit de parler ma langue et de connaître ma culture. Alors que nous étions censés être libres et indépendants.
La langue maternelle, ça aide à se penser debout. Mon pays, c’est l’ALGERIE. Mais je suis le citoyen d’une autre patrie : LA CHANSON.
Quant à la langue amazighe, c’est ma langue maternelle, la langue du foetus, la langue intérieure J’ai la double nationalité car j’ai deux pays : mon pays et mon pays intérieur.
C’est dans la différence que je trouve mon identité.

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