
Matoub est né le 24 Janvier 1956 à Taourirt Moussa - Tizi Ouzou . Il a débuté sa carrière professionnelle en 1978 par l'enregistrement de son premier album "Izem" chez Agraw édition dirigée à l'époque par le chanteur Idir.
Son œuvre se compose pour l'essentiel de chansons engagées à la cause identitaire amazighe et aux valeurs démocratiques. Chaque chanson touche à une plaie dans la politique ségrégative de la junte arabo-islamiste au pouvoir. Défenseur farouche de la culture amazighe Matoub n'a jamais hésité à manifester sa rébellion face aux thèses des intégristes et à dénoncer la politique d'arabisation forcée de l'école, de l'administration et des médias publics.
Pionnier du Mouvement Culturel Amazigh et principal animateur du Printemps
Berbère en octobre 1980, plusieurs fois interdit de rentrer en Algérie , souvent arrêté et relâché par la sécurité militaire Matoub a été grièvement blessé par cinq balles à un barrage de gendarmerie parce qu'il transportait des tracts appelant la population à la vigilance.
Le 25 Septembre 1994 ,juste après la quatrième semaine de la grève des écoliers dite la grève "des cartables" Matoub fut enlevé et détenu pendant deux semaines par un groupe armé islamiste . Il sera libéré le 10 octobre suite à la solidarité et la mobilisation de toute la Kabylie .
Le 18 Janvier Matoub publie en France "Rebelle" récit de son enlèvement et donne un double récital au Zénith le 28 Janvier 1995.
Quatre ans plus tard , le 25 Juin 1998 le chanteur a été assassiné par les ennemis de la Démocratie et de la culture amazighe.
Le 28 Juin , plusieurs milliers de personnes ont assisté à l'enterrement du poète devant sa maison dans son village natal .
Vidéos recueillies sur "la Toile" :
http://video.google.fr/videoplay?docid=-6524325767601046398&q=matoub
http://video.google.fr/videoplay?docid=612045503985950907&q=matoub
Témoignage recueilli sur "la Toile" :
Son éternel ennemi, c’était le totalitarisme qu’il soit politique, culturel ou religieux. "Homme libre" était le qualificatif, qu’il revendiquait au plus haut point.
C'est bien plus qu'un chanteur et un poète pour les Imazighens. Il n'est pas exagéré de dire qu'il était le porte-parole de tout un peuple. Tant par sa défense de la culture amazighe, que par la qualité de sa musique et de ses textes, son oeuvre est unique.
Matoub Lounés est née le 24 janvier 1956, à Taourirt Moussa, près des At Douala, en Kabylie. Dès l'adolescence, il compose des chansons. L'école algérienne ne lui plait pas et rapidement, il devient autodidacte.
L'homme lui-même est plein de contraste : écorché vif, il a aussi un coté "tête brûlée", volontiers provocateur. Ceux qui l'ont connu donnent tous le même portrait de lui : un homme difficile à vivre, mais en même temps d'une lucidité formidable et d'une grande humanité.
Sa carrière commence en 1978. D'abord, il se produit dans des cafés du 18éme arrondissement de Paris, et interprète de la musique populaire et des airs traditionnels kabyles. Sa voix et son jeu de mandole ne tardent pas à le faire remarquer. Il enregistre un premier album, Ayizem (Oh le lion).
Ses textes sont clairement revendicatifs : la défense de la culture amazighe occupe une place centrale. Il dénonce la dictature et l'islamisme montant en Algérie. Il est fermement opposé à la politique d'arabisation. Il accepte de parler le tamazight et le français, mais il refuse de parler l'arabe. C'est un ardent partisan de la laïcité et de la démocratie, qui se fait le porte-parole des laissés pour compte et des femmes.
Ses textes lui valent très vite une interdiction à la radio et à la télévision algérienne, et son engagement l'éloge de l'écrivain KATEB Yacine.
Dès le début de sa carrière musicale Matoub Lounés a aussi montrer une intégrité totale. Il estime que son inspiration lui vient du peuple Kabyle. Aussi lorsqu'il donne des concerts en Algérie, c'est à titre gratuit, dans certains cas pour des oeuvres humanitaires. Il ne saurait être question pour lui de de recevoir la moindre somme d'argent lorsqu'il se produit en Algérie.
En 1980, lors du printemps amazighe, il est en Kabylie à Tizi Ouzou au côté des manifestants. Sa popularité va croissante et en 1983, il se produit pour la première fois à l'Olympia. Il enregistre alors "Aurifur", disque qui sera le premier d'une grande série de succès.
En 1988, lors des manifestations en Kabylie, il distribue des tracts appelant au calme à Alger, en compagnie d'étudiants. Au cours d'une manifestation à Alger, le 9 octobre 1988, il est pris en chasse par la gendarmerie et après une course poursuite, un gendarme tire sur lui à bout portant. Il est atteint de huit balles de Kalachnikov. Il n'en sortira que dans des circonstances miraculeuses, et tout indique que le pouvoir voulait déjà l'éliminer.
Les séjours à l'hôpital, pour des opérations chirurgicales, se succèdent. Il doit aussi subir un traitement médical pénible, qui durera toute sa vie. Mais il n'était pas homme à s'appesantir sur ses souffrances.
Il sort alors l'album "L'ironie du sort", douloureux mais refusant le désespoir. Il multiplie les séjours en Algérie.
"Même s’ils me tuent, ils ne pourront pas me faire taire"
Matoub Lounés ne ratera jamais la célébration du 20 avril, anniversaire du printemps amazigh. Son militantisme est sans défaut : il multiplie les interventions contre la dictature en Algérie, et se moque ouvertement de l'islamisme montant, ce qui lui attire de nombreux ennemis.
Le 6 août 1990, suite à un banal différent avec un voisin, il est convoqué par les gendarmes. Dès son arrivée à la gendarmerie, où il se rend de son plein gré, le voisin et son père l'insultent, le frappent durement et finalement le poignardent. Les gendarmes, indifférents, les laissent faire.
Il est hospitalisé et les médecins déclarent que ses blessures ne sont que superficielles. Pourtant, dans la nuit, il est pris de douleurs et de vomissements. Il est ensuite rapatrié d'urgence dans un hôpital parisien. En fait, il est atteint d'une blessure grave à l'intestin, qui lui vaut une longue hospitalisation. Sa chambre se transforme alors, en une véritable chapelle, très entouré, par sa famille et ses admirateurs.
L'actrice Isabelle Adjani, alors au sommet de sa carrière, lui apporte son soutien.
Cet incident, aggrave son état de santé, qui déjà n'était pas très bon. Pourtant Matoub Lounés ne renonce pas à ses engagements.
Enregistrements en studio et tournées se poursuivent. Il ne s'accorde que très peu de repos.
Le 25 septembre 1994, il est enlevé par le GIA (Groupe Islamique Armé), le guet-apens est revendiqué par le redoutable groupe d'Hassan Attab, connu comme particulièrement sanguinaire. Sa détention se fait dans des conditions épouvantables. Il sera condamné à mort, Après un simulacre de procès, d'un "tribunal islamique".
Pendant quinze jours, il avait connu l’angoisse de l’isolement, la menace permanente de l’exécution. Il ignorait que dehors, en Kabylie, dans toute l’Algérie, dans l’émigration, tout le peuple kabyle se mobilisait pour sa libération. Elle entraîne une véritable révolte en Kabylie. Face à l'impuissance du pouvoir à retrouver l'artiste, la population se charge de cette tâche. Au bout de deux semaines, le GIA est contraint de le libérer.
Celle-ci, le 10 octobre 1994, fut une première victoire remportée sur l’intégrisme.
A la suite Matoub, déclarera : "Puisqu'ils n'ont pas réussi à me briser en quinze jours de captivité, je leur prouverai, nous leur prouverons, que nous sommes plus forts qu'eux. Rien ne pourra nous arrêter. Notre combat est juste et noble. Nous ne laisserons personne nous abattre. J'en fais le serment".
Moins de deux semaines après, il était à Paris, défilant de la République à la Bastille. Il trouvait cela "normal !". "Je suis là pour appeler à la résistance, disait-il alors. Je continuerai à me battre."
S'ouvre alors une période de travail intense, comme s'il savait que le temps lui était compté. Il tourne et enregistre avec une énergie impressionnante.
Il racontera ensuite sa captivité dans un livre intitulé "Rebelle". Dans ce texte poignant, il appelle symboliquement à la lutte armée contre les extrêmistes islamistes.
Dans une interview réalisée par Zoé Lin après la sortie de "Rebelle", il expliquait qu’il n’était pas un politique et que seules , la force des choses et la tragédie vécue par son peuple, l’avait conduit à s’engager, parce qu’il était un démocrate, un laïc et qu’il refusait de voir son pays transformé en république islamique : "Je n’ai pas choisi d’être transporté dans cette situation : je ne suis qu’un simple chanteur... Mais je suis un enfant du peuple. Je sais qu’il faut résister."
Il alterne des séjours en France et en Kabylie. Il refuse tout garde du corps, malgré les menaces qui s'intensifient. Ses nombreux amis lui déconseillent d'y retourner, mais il ne les écoute pas. Son militantisme Amazigh, est pour lui plus important que sa vie.
Et comme on lui citait la phrase célèbre de Tahar Djaout, premier journaliste et homme de théâtre assassiné par les islamistes : ("Si tu te tais tu meurs, si tu parles tu meurs, alors parles, et meurs"), il répondait : "Je veux parler et ne pas mourir. Je veux vivre." Mais, confiait-il à ses amis: "Même s’ils me tuent, ils ne pourront pas me faire taire".
Fin juin 1988, Matoub Lounés retourne en Algérie. Le 25 juin 1998, sur une route de Kabylie, alors qu'il se dirige vers son village natal, il est assassiné. Il n'avait que 42 ans.
Ce meurtre a été préparé méticuleusement. Sa voiture criblée de balles, son épouse, Malika, est grièvement blessée.
D'abord sonnée, par l'annonce de cet assassinat, la population kabyle se révolte : il s'en suivra trois jours d'émeutes.
Pour les autorités algériennes, il a été perpétré par des intégristes islamistes. Pour sa famille, dont sa veuve Malika, il est le fait d'hommes de main, commandités par l'armée algérienne. La situation est tellement obscure que le procès, qui n'a lieu que trois ans plus tard, est ajourné.
De nombreuses versions de cet assassinat ont été données, mais aucune n'est cohérente. Si on ne peut totalement exclure, la participation d'intégristes islamistes, un doute subsiste sur l'attitude des autorités algériennes, dont on peut se demander, si elles ne sont pas complices. Le principal suspect, un extrémiste islamiste, a été innocenté auparavant et l'instruction bâclée. Trois autres islamistes, supposés complices ont été tués par l'armée algérienne entre temps.
Des témoins ont affirmé que des militaires, ont été vus à proximité du lieu de l'assassinat.
Ce meurtre intervient dans des circonstances politiques particulières : le gouvernement algérien édicte alors une loi imposant la langue arabe littéraire comme officielle, à l'exclusion de toute autre et notamment du Tamazight.
Cette loi ne pouvait qu'entraîner une révolte en Kabylie, et l'assassinat de Matoub Lounés, tombe comme un terrible avertissement. Il semble aussi que cet attentat, visait à déstabiliser le président algérien, Liamine Zéroual, qui sera assez vite contraint de quitter le pouvoir. L'armée algérienne avait semble-t-il intérêt à cette déstabilisation.
Aujourd'hui, sa tombe est devenue un lieu de pèlerinage et lors des manifestations, les imazighens brandissent son portrait, se revendiquant de son message. On a rarement entendu un artiste s'exprimer avec tant de force, contre l'oppression et l'injustice.
Comme, il aimait à le dire à ses amis "Même s’ils me tuent, ils ne pourront pas me faire taire".
Entretien avec Matoub Lounès (avril 2003):
Lounès MATOUB est né le 24 janvier 1956 en Kabylie. A 9 ans, il fabriqua sa première guitare avec un bidon vide. Il publie son premier album en 1978. Criblé de balles par un gendarme en 1988, enlevé par les islamistes en 1994 et libéré par un gigantesque mouvement populaire, il était le chanteur le plus populaire de Kabylie. Il a été assassiné le le 25 juin 1998, en Algérie, dans dans des conditions non élucidées, vraisemblablement par des milieux proches du pouvoir.Son œuvre riche de 36 albums traite les thèmes les plus variés : la revendication berbère, les libertés démocratiques, l’intégrisme, l’amour, l’exil, la mémoire, l’histoire, la paix, les droits de l’Homme, les problèmes de l’existence ...
- M.L : Enfant du peuple je suis, enfant du peuple je resterai. Certes, comme tout un chacun, j’ai mûri, et la popularité m’a sans doute fait prendre davantage conscience de mes responsabilités. Car, plus vous étés connus, plus vous avez des responsabilités.
-"Tu dois avoir pas mal d’ennemis ?"
- Mes ennemis sont les tyrans, les oppresseurs quels qu’ils soient, les lâches, les veules, les hypocrites, et surtout les "parachutés" (.. Je n’aime pas les nouveaux riches plus attachés à leurs biens, à leurs privilèges, qu’à leur pays. Le soleil se lève tous les jours pour chaque citoyen(ne). Heureusement qu’il n’est pas importé à coups de devises, sinon il ne brillerait que pour une classe donnée.
-"Quels sont tes rapports avec les journalistes algériens ?"
- Ambigus. Mi-figue mi-raisin. Si on ne m’accorde pas beaucoup d’entretiens, c’est parce que je refuse toute concession dans l’expression de mes opinions. On n’a rien à me reprocher. Sinon d’avoir un franc -parler. Et de ne pas être un béni oui - oui. Je ne suis pas l’homme des concessions. Je ne triche pas avec ma nature. Je m’affirme sans gêne aucune, en parfait dédain des convenances. J’aurais pu me pousser dans le monde et monnayer ma popularité, voire ma célébrité. Je ne l’ai jamais fait. Car je ne suis d’aucun pouvoir le dévoué serviteur. A travers RadioTrottoir interposé, certains journalistes (arabophones surtout) ont essayé de me présenter sous un éclairage peu flatteur, de me coller une réputation de raciste, de violent, d’ennemi public n°1, de voyou sans foi ni loi.
- En tant que chanteur, je suis le représentant d’une vision et d’une expression personnelle du monde qui m’entoure et de moi-même.
- "Que représente pour toi la culture amazighe ?"
- Qui ne sait rien de son passé ne sait rien de son avenir. Le but n’est pas, ne peut être, de revenir à un mythique age d’or du passé.
- "Est-il vrai que MATOUB est raciste envers les Arabes ?"
- Fais-moi pas rire. C’est un jugement volontairement faux et un brin raciste, mais qui trahit bien le malentendu qui a toujours existé entre mes détracteurs et moi. Il y a une incompréhension totale qui me gêne car le public a rarement les données globales et objectives en main. Tout est politique et nous sommes bien ici en pleine politique. Je suis responsable de mes actes et la vérité se fait sur ce que je chante. Comment peut-on être raciste quand on a toute sa vie souffert du racisme ! J’ai trop souffert du racisme, de leur racisme, pour accepter à mon tour d’être raciste.
Ma seule véritable culture est celle que je me suis trouvée en Kabylie puisqu’on sait que "l’oiseau ne chante bien que dans son arbre généalogique". La vie de mon peuple contient la somme de l’expérience des hommes. D’où le rapport charnel que j’ai avec ma terre natale, mes racines. La culture amazighe est, pour chaque Imazighen, la pierre de touche de son identité.
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